L’apaisement de ma faim ayant de tout temps (c’est-à-dire dans la dimension PASSÉ), provoqué mon bien-être, je dois manger plus que jamais puisque j’ai davantage à lutter contre la douleur.
Il en mourut.
Pour nous aussi, la mort prématurée ou non accidentelle est presque uniquement une conséquence tragique ou non de nos sophismes familiers, moraux ou viscéraux…
LIVRE HUITIÈME
LA MORT
1
Nombre de légendes courent sur la façon dont nos bêtes amies accueillent la sombre Déesse. On conte volontiers qu’elles en ont la pudeur, alors que la plupart des hommes n’en éprouvent que l’effroi.
Ceci est les ennoblir vainement et de manière perfide, car il n’en est rien. Je ne puis jamais penser sans sourire à un poème du cher François Coppée, qui, s’étonnant d’errer dans les bois avec son amoureuse de l’année sans y trouver de « délicats squelettes » d’oisillons, se demandait :
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?
Le bon poète ignorait, ainsi que je l’ai noté ailleurs[7], l’existence des nécrophores, de ces macabres mais prévoyants insectes pour qui toute bestiole morte, emplumée ou velue, est une trouvaille si précieuse que, faute de cette rencontre, il ne saurait être question pour eux de se perpétuer, — de prévoir pour leurs larves, ce qui est leur façon à eux de croire à l’immortalité, ou plutôt d’estimer absurde l’idée de mort.
[7] Vie de Grillon.