b) L’extension des idées et des termes est en raison inverse de leur compréhension. — Homme a plus d’extension que français, puisqu’il y a des hommes qui ne sont pas des Français, mais français a plus de compréhension qu’homme, puisque le Français possède tous les attributs par quoi l’on a coutume de définir l’homme, et en plus tous ceux qui le distinguent des bipèdes qui ne sont pas français.

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Qu’y a-t-il de plus étendu, mais d’aussi peu compréhensif que l’idée de L’ÊTRE ? Même quand certains inventeurs lui ont adjoint l’attribut suprême, ils sont demeurés dans une étrange imprécision à côté de ce qu’explique, à propos de l’idée de Dieu et d’éternité, le plus humble des catéchismes entre les mains d’un petit villageois.

Un jour, peut-être, tenterai-je une introduction à la méthode en sciences naturelles ; mais qu’on ne croie pas que j’aie voulu un peu plus haut faire du fleuret avant de batailler pour de bon.

J’ai — je le répète — tenu simplement à éclairer de mon mieux la notation de personnalité, essentielle pour qui s’intéresse aux bêtes, aux hommes et à lui-même.

Il ne faut voir dans les considérations scolastiques qui précèdent qu’un côté du diptyque que figure toujours une métaphore. Emile est concret, les Autres sont abstraits ; et voilà tout, — pour m’exprimer « en raccourci », et provisoirement.

Pour être, il faut rechercher l’extension et non la compréhension. Pour être, c’est-à-dire pour ne pas mourir, même quand notre dépouille sera retournée à la terre. Certes, les créatures impersonnelles ne meurent pas, ou du moins elles ne vivent pas davantage qu’elles ne meurent : la vie sans la possibilité de la mort ou la mort sans la certitude d’une autre vie sont deux zéros additionnés, et qui en égalent un autre.

Pourquoi y aurait-il sur la terre, ou ailleurs dans l’espace ou le temps, des créatures intelligentes, pourvues d’âmes immortelles, et d’autres qui ne seraient qu’instinctives et vouées à l’abolition définitive ?

Ici, le paradis des bêtes, qu’il soit imaginé par Francis Jammes ou par n’importe qui, ressemble à celui dont nous rêvons pour notre usage personnel, nous autres hommes, et dont nous avons tous le pouvoir d’être assurés. La religion et la science (qui n’ont nul besoin de se rejoindre) n’ont pas du moins à prendre la peine de s’opposer, de se considérer hostilement.

Comme le Pauvre entre les pauvres, allons demander leur avis aux animaux, qui voient Dieu face à face, comme ils voient peut-être la mort lorsqu’ils sont chats et qu’ils témoignent de la terreur ou de la colère, dans des coins d’ombre où, pour nos yeux, il n’y a personne ni rien.