Et ce fut alors que j’aperçus, sur le foin, le coton et l’étoupe qui garnissaient douillettement la mangeoire, une petite chose étonnante : deux feuilles de papier à cigarette roulées autour d’un noyau de guigne, deux minuscules chiffons de crêpe de chine grisâtre drôlement entortillés à la base d’un semblant de figure un peu plus sombre… Et cela remuait faiblement, et cela poussait d’infimes petits cris.

Voilà pourquoi Noctu n’avait pas voulu mourir.

III

Voilà pourquoi.

Qu’on ne croie pas ici à une interprétation plus ou moins fantaisiste ou sentimentale de ma part. Si j’ai pu passer pour sorcier aux yeux du père Pile, lequel, enfant, avait sans aucun doute essayé d’élever des chauves-souris captives, c’est que ma chance m’avait valu d’abattre une femelle pleine sur la route de Jolibeau.

Dans ces études sans prétention, rien qui ne soit l’exposé tout nu de mes expériences personnelles, ou celui de leurs conséquences les plus immédiates et les plus évidentes. Quelle que soit mon horreur de présenter mes observations sous ces aspects de fiches qui donnent parfois un air d’infaillibilité à des faits méritant assez peu d’obtenir crédit, me voici bien forcé, en ce point, d’énoncer, le plus brièvement possible, ce que mes yeux ont constaté durant quinze années ou plus, et d’infliger quelques chiffres à ma dissertation.

J’ajoute, comme entre parenthèses, que mes observations portent ici non seulement sur la noctuelle, sur la toute petite qui volait près de mes cheveux, mais sur l’ensemble des chéiroptères européens, dont on ne connaissait jadis que deux espèces, où Daubenton en distingua cinq, où Buffon en vit sept, — par peur d’en omettre, comme il lui arrivait souvent, — et où je me contenterai, plus modeste, d’en avouer trois, quatre au plus, qu’on les dénomme chauves-souris communes ou oreillards, noctules ou noctuelles, fers-à-cheval ou sérotines, pipistrelles ou roussettes, barbastelles ou vespertillons. Entre ces bestioles, il n’y a de différences que celle, d’ailleurs assez minime, de la taille, celle de la forme des oreilles et du museau, celle de la couleur variant du gris au roux ; bref, toutes diversités qui n’empêchent pas les bouledogues et les roquets de s’accoupler ; et, si je cite ces deux espèces de chiens parmi tant d’autres, c’est que je suis persuadé d’avoir eu entre les mains un métis de noctuelle (dont le museau, je l’ai dit, rappelle celui du carlin) et de sérotine, chauve-souris qui est de même taille, mais qui possède, comme la roussette, des oreilles pointues de renard ou de chien-loup.


La même cage, la même exposition et la même clarté très modérée, les mêmes accessoires pour la nourriture et le gîte, les mêmes soins, enfin, ont été accordés par moi à tous mes pensionnaires.

Voici :