— C’est pour demain… ah ! ah ! mes gaillards… c’est pour demain !

Je déclinai leur invitation à les suivre ; et, quand je fus parvenu à me débarrasser du gros de la troupe, je m’aperçus que je n’étais néanmoins plus seul… Georges de Combrazot m’avait suivi. C’était un jeune homme au teint lunaire, aux cheveux comme décolorés, qui faisait de même que moi son droit à Paris, mais qui, au lieu de s’en distraire à ma manière, c’est-à-dire par la paresse, écrivait des vers élégiaques qu’il récitait ensuite, — c’était la mode à l’époque, — dans des cabarets ou des caveaux nauséeux. En dehors de cela, il m’inspirait de la sympathie ; c’est déjà quelque chose pour quelqu’un qui n’a jamais très bien compris — et pour cause — ce que signifie le mot : amitié.

— Es-tu vraiment las et veux-tu te coucher ? me demanda-t-il.

— Non certes.

— Tant mieux… tant mieux… Tu comprends, d’après ce que tu viens de dire aux autres…

— Si je ne mentais pas en présence des imbéciles, ne serais-je pas digne de faire chorus avec eux ?

— Je ne te dérange pas, moi ?

— Non, mais je t’avertis que je ne rentre pas en ville. Je n’ai pas sommeil. J’ai envie de me promener très tard sur la rive. Tiens : je fais demi-tour.

— Veine ! fit Georges de Combrazot, j’allais te demander de me rendre ce service. Belle nuit, n’est-ce pas ? Nous aurons une fière chasse !

— Oh ! certainement… une fière chasse, — une très fière chasse ! En tout cas, il y aura une nouveauté : pour la première fois, une femme y prend part…