— Halte-là !

— Zut !

— Pas avant de m’embrasser. C’est notre nuit… Et Michel le permet… Pas vrai, Michel ?

— Michel ! Mon chéri !… J’ai envie de lui casser cette bouteille sur la tête…

Elle se débat pour rire, je ne bouge pas ; je ne vois plus l’abbé Fiste dans son coin d’ombre. Je ne vois que Noelle et Florent se disputant et gesticulant dans la lueur du brasero à qui le vent, entrant par la porte restée ouverte, donne un regain de flammes dansantes. Noelle, en reculant, s’en est approchée. Elle est toute dorée contre la clarté et de la même teinte qu’elle… Une demi-seconde, je voudrais me lever ou crier, pressentant l’horrible danger. Je ne le fais pas, je ne puis le faire… Une force, qui n’est pas seulement le poids mort de ma paresse, cloue mon corps à ma natte et ma langue à mon palais. Florent continue à esquisser un geste d’étreinte, en s’avançant toujours vers la belle proie qui proteste…

Un grésillement, une flamme le long du maillot éminemment inflammable… Comme un accident est vite arrivé !… Et la malheureuse se sauve en dépit de Florent ahuri ou vexé, de Fiste qui n’a sans doute rien vu, de moi qui ne parviens à me lever que quand il est trop tard, — sans être sûr encore, au reste, d’avoir « bien vu »… Elle se sauve… Il y a, durant quelques secondes, dans la grande allée du jardin Meysounave, un être de féerie et d’horreur qui a l’air de danser encore et qui flambe…

Et puis la torche humaine et divine s’écroule, juste comme nous allons la rejoindre, affolés, hurlant… Trop tard ! D’autant plus qu’une cohorte de Boudenfles débouche au même moment d’une autre allée, et que les Boudenfles, croyant à un mannequin qui brûle, forment une ronde double ou triple et, sans s’occuper de nos cris, nous croyant ivres, gambadent et gesticulent autour de la suppliciée à présent inerte à jamais… Alors, le chant de retentir de plus belle, car le félibre Hector, Pape des Boudenfles, était survenu à son tour, en cas que l’entrain eût besoin d’être ranimé :

Tra la la la !

Boudenfla pla !

Pòu que douma