— Bonne chasse ! Bien du plaisir à M. d’Escorral et à la compagnie !

Ève apparut, un petit sac à la main, alerte, décidée, coiffée d’un feutre d’homme qu’ornait une simple plume de coq, vêtue d’un costume de velours qui semblait taillé dans le même drap que la culotte de son père. La gêne que pouvait produire parmi les vieux la présence révolutionnaire d’une femme dans la bande fut de courte durée. Ève demanda tout de suite à déjeuner, but comme un homme, lança deux ou trois jurons, releva vertement le jeune Gonteyrac qui, croyant devoir se comporter avec elle comme dans un salon, lui offrait sa place, à l’ombre :

— Ici, je ne suis qu’un chasseur… Vous entendez, les autres ?

Le clan des vieux fut dompté ou charmé, en tout cas conquis. Huit heures. Gentil Peyrigot ronchonnait déjà, là-haut, et les quatre grands diables de chevaux rouges s’impatientaient, émiettant sous leurs rudes sabots les pierres du chemin, faisant jaillir chaque fois la poussière, comme une menue explosion aux flammes laiteuses.

— Tout le monde est là ? demanda Sulpice d’Escorral…

— Tout le monde.

— En route !

Mais un petit laquais miteux apparut alors sur la berge, agitant un pli au bout de son bras maigre. Il y eut un moment d’angoisse ; les sourcils du marquis s’étaient froncés sinistrement… Qui donc faisait faux-bond ?… Ouf ! ce n’était que ce nigaud de Georges de Combrazot, qui se prétendait malade…

— Si ce n’est que ça ! s’écria le marquis dont le visage s’éclaira de nouveau…

— Si ce n’est que ça ! reprirent en chœur quelques autres…