— Vous comprenez ?… bégaya le pauvre diable… Ce soir, rien à faire ! La Louperoune !

Les plus jeunes essayèrent de rire à leur tour, pour se moquer, mais leur rire sonna très faux. La Louperoune, c’est, en Haut-Quercy, une sorte de loup-garou femelle, atroce, féroce, impitoyable, qui peut en outre revêtir les formes les plus gracieuses et les plus séduisantes pour la meilleure réalisation de ses sombres desseins.

— Va te coucher, dit au valet M. d’Escorral en haussant les épaules.

— Non… Apporte-moi plutôt quatre ou cinq vieux sacs, ordonna à son tour M. de Fontès-Houeilhacq…

Et, se tournant vers le marquis qui parlait déjà d’égorger cinq ou six chiens et de les pendre dans le chenil, pour l’exemple :

— Cela ne servirait de rien, crois-moi, Sulpice. Tu pourrais les égorger tous, au risque d’ailleurs d’être auparavant étranglé par eux ; ils ne te connaissent pas, ce soir, et tes ordres les laisseraient aussi indifférents que si tu les leur donnais depuis l’autre bout de la Terre.

Sulpice grogna, tandis que le valet apportait les vieux sacs demandés :

— Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ?

— Tu vas voir, répondit M. de Fontès-Houeilhacq avec beaucoup de calme.

Les aboiements et les hurlements devenaient plus furieux et plus retentissants encore. M. de Fontès-Houeilhacq et le valet se dirigèrent du côté du chenil, celui-ci suivant celui-là, l’un titubant à cause du vin, l’autre à cause de la peur. Peu après, les chiens se turent. Ce fut pour nous tous, je dois le dire, non seulement un soulagement véritable, mais une sorte de libération, la fin d’une hantise ou d’un songe trouble…