— Ne me parle plus de cela. Nous partons demain, nous ne reviendrons peut-être jamais ici…

Le visage d’Ève s’illumina ; je ne sentis plus sa jalousie dressée en face de mon bonheur prochain comme une défense néfaste, capable de décourager de plus dignes et de plus forts que moi.

— Je te fais toute confiance, dit-elle heureusement, puisque tu as compris toi-même qu’il valait mieux ne plus jamais revenir… plus jamais !

— Plus jamais, répétai-je, convaincu : oui… ça vaudra mieux, en effet.

— Alors, voici ce que tu vas me permettre ô mon seigneur, de t’ordonner… A quelle heure LUI fais-tu tes adieux ?

— Elle m’attend chez elle, sur la fin de l’après-midi, avouai-je très simplement… Mais j’aimerais mieux n’y pas aller…

— Tu dis cela par politesse pour moi ?

Je le disais par politesse, mais aussi pour je ne sais quelles autres raisons qui ne m’apparaissaient pas clairement… Sentiments divers, confus qu’en pareil cas il est plus facile d’exprimer en bloc et rapidement par un sourire lassé, un peu fat…

— Serais-tu réellement jalouse, Ève ?

— Oui, à la tuer.