— Et ailleurs ?

Que répondre ? Je resserrai mon étreinte ; mes baisers, ivres de ses larmes, s’égaraient, délaissaient son visage pour sa nuque ou pour la naissance de sa gorge qu’une mince blouse de linon laissait nues… Elle me rendait à présent, et pour la première fois, me semblait-il, baisers pour baisers, caresse pour caresse.

— Que toi dans la vie, murmurais-je toujours…

Elle appuya ses mains fines et fortes contre mes épaules, n’écartant son visage de mon visage que pour tenter de me regarder jusqu’à l’âme ; et alors, de la voix que je chérissais, de la voix à la fois autoritaire et tendre :

— C’est juré ? C’est juré ? Je veux que tu me le jures.

Je jurai.

— Il n’y a que toi… que toi dans la vie. Et ce n’est pas assez dire : tu es toute ma vie…

Elle eut un geste spontané et qui m’émerveille encore, aujourd’hui, quand je le rappelle au plus clair de ma mémoire. M’échappant comme une eau qu’on n’essaie même pas de tenir dans sa paume, elle courut vers la croisée, l’ouvrit grande, poussa brusquement les volets. Et le soleil entra à flots, parmi des remous de poussières qu’il semblait bousculer et diriger à sa guise en vainqueur.

— Tu ne pouvais pas me faire de plus précieux compliment, dit Ève : la vie est belle… A ce soir !

Je me dirigeais déjà vers la porte après avoir tendrement, mais peut-être trop respectueusement à son gré, pris congé d’Ève, quand elle me rattrapa par la manche. Une exaltation que je ne lui connaissais pas encore avivait son teint mat et l’éclat de ses yeux bruns ; elle supplia :