— S’il n’y avait pas eu de baiser, je ne dis pas… Mais il y a eu le baiser !… Par exemple, je veux une grosse boîte de dragées, lors de la noce !

Et il s’envola.

Nous, nous regagnâmes sans hâte la terrasse. Ève avait quelque chose à m’expliquer :

— Dans une heure, ils seront tous ivres. Je m’échapperai. Mais tu ne me rejoindras pas tout de suite. Je veux me réconcilier avec la Vierge… être seule en face d’elle quelques instants. Oh ! je n’ai plus peur, plus du tout… Et toi non plus, je le vois, je le sens… En revanche…

Elle se tut, puis, farouche :

— Je puis bien te l’avouer, maintenant : j’étais jalouse… je le suis encore… Oh ! tu as eu tort, tu as eu tort… Je souffre, je n’oublierai rien tant que je serai ici… Et oublierai-je jamais ?

Elle me vit crispé, agacé, s’excusa, écouta gentiment mes reproches et continua :

— Donc, tu resteras avec les autres. Tu regarderas le grand cyprès noir qui est au milieu de la pelouse ; derrière lui, il y a, tous ces soirs-ci, une grosse étoile qui se lève… une grosse étoile bleue… Quand l’étoile sera juste au-dessus du cyprès, alors…

Avant de pénétrer dans la clarté des flambeaux, elle tendit ses lèvres pour le baiser qui scellait définitivement le pacte de nos vraies noces, de nos noces secrètes, maintenant toutes prochaines.