Alors, l’abbé Fiste, doucement :
— Ne nous égarons pas… Mendès est un garçon charmant et un curieux poète… Mais il ne peut pas voir… il ne peut pas même raconter les Faunes…
— Pourquoi ?
— Parce qu’il n’est pas de notre race, dit, de plus en plus doucement, l’abbé Fiste…
— Très juste. J’ai envie de manger. Qu’est-ce qu’elle fiche, Noelle ?
Personnellement, je l’ignore.
Et voici, non plus le soir, mais la nuit, si bleue et comme si lourde dans le ciel qu’elle n’est en somme au soir que ce qu’est le fruit à la fleur. Le soir a mûri pour être plus beau sous un nom féminin. J’ai écouté sans ennui encore que sans intérêt les propos de mes hôtes, que j’ai accoutumés à ne pas se vexer quand je suis « l’homme-qui-ne-s’intéresse-pas-aux-discussions ». A un moment, tandis que le soir faiblissait, que ses emblèmes, — reflets de bouteilles et ombres de branches, — s’effaçaient sur le mur blanc de la véranda, il semblait l’explication même de mon monde intérieur. Un peu de couleur et quelques lignes sur du blanc presque trop cru… une flamme qui s’éteint… Ce n’est plus le sommeil qui se prépare, mais je ne sais quoi de plus puissant et d’analogue. Je n’ai pas besoin de fermer les yeux pour dépasser la salle des Dames-en-rose… La Captive est toujours au delà… Captive ou fidèle ?… Ses cheveux sont épars comme ceux des pleureuses antiques aux funérailles des héros. Sait-elle que Noelle a avoué dans une seconde de folie ? Peut-être ! Sa douleur, en tout cas, est désormais moins accablée que guerrière : je reconnais la vierge qui me plut, de la nuit où je la poursuivis sauvagement dans le parc de sa demeure héréditaire jusqu’à la nuit plus trouble où elle s’en fut vers Clarecrose sans moi.
Au delà du mur de cristal qui ne permet à aucune parole de résonner, pour le mortel, qu’il vive ou rêve, ses lèvres remuent de telle façon, — tandis que l’abbé Fiste et le félibre Hector continuent de disserter, — que je commence à comprendre, comme le font, après quelque expérience, les plus sourds…
— Je sais un beau château à la claire façade basse et longue. La Déesse sans tâche a oublié l’offrande inconsidérée qui lui a été faite à mon insu. Il n’est pas que la vie pour permettre au Bonheur de nous guider, comme fait un flambeau lointain, ou pour nous illuminer comme à l’infini intérieurement, de même qu’une toute petite bougie fait une immense chambre… Je t’attends. Elle m’a tuée. Sera-t-elle victorieuse pour cela ? Non.