— Qu’est-ce qui vous pique ? fait Noelle en riant…

— Rien, c’est très drôle… Vous avez toujours été comme ça ?

— Vous êtes saoul déjà, mon cher Fiste ?

— Je crois que jamais je n’ai vu si vrai… Est-ce que vous estimez véridique le principe de l’immortalité de l’âme, Noelle ?

— Je m’en fous.

— Vous avez raison. Ce sont là des questions qui ne vous regardent pas personnellement, n’est-ce pas ? Dites… dites-moi…

Il s’est levé, s’avance vers elle :

— Dites-moi où vous étiez, il y a deux mille ans ?

— Aubanel, continue le Félibre Hector, aurait pu être tenu pour un homme de génie s’il s’était décidé à chanter la Vénus d’Arles en vers libres.

— Il y a deux mille ans, dit en riant, mais comme pour elle toute seule, Noelle… je ne sais plus… Nous avons des vies imposées qui se poursuivent comme des chapelets de chiendent à travers la bonne herbe. Tout à fait comme ça. Je sais que j’ai été beaucoup de choses, et même que j’ai été heureuse. Je vois mes pensées comme des images sur un grand livre, et il y en a de bien jolies. Mais de quoi vous mêlez-vous ?