— Maman, elle est affreusement égoïste, lâche et peut-être méchante… En tout cas, elle nous a menti, à toi, à moi, à tous… Tiens, regarde!
Et je lui mis dans la main les lettres de Lilette. Aux dernières clartés du jour elle en lut quelques passages avec une douloureuse stupéfaction ; et puis, après avoir réfléchi quelque peu :
— Mon petit, me dit-elle, j'aime presque mieux qu'il en ait été ainsi ; au moins, à présent, tu vois ce qu'elle vaut et tu finiras même par avouer qu'elle ne méritait pas tant d'amour…
— Maman, je l'aimais!…
— … Que tu n'aurais pas été heureux avec elle, qu'elle t'aurait fait souffrir de la pire des manières, c'est-à-dire sans le vouloir…
— Je l'aimais! Je l'aimais!…
— … Que c'était une malade, une détraquée, peut-être pis encore!
— Maman, dis-toi bien que je l'aime à présent davantage, parce que je la plains.
Nous gardâmes quelques instants le silence ; puis ma mère me dit en me serrant de toutes ses forces contre son cœur :
— Mon chéri, promets-moi que tu vas être sage, que tu te laisseras soigner et guérir? Pense à nous tous, à moi qui t'aime et que tu aimes, à M. d'Escorral, qui a tant souffert autrefois, à notre petite Jacqueline… Pense que nous pouvons être si heureux tous ensemble et que nous méritons si bien de l'être… Sois sage, et puis, tu verras, dans quelques années, que dis-je? dans quelques mois, comme tout ce gros chagrin sera loin…