—Nous rappelions, tout à l'heure,—dit Vendale,—cet heureux temps où nous nous sommes rencontrés et où, pour la première fois, nous avons voyagé ensemble. Oh! j'ai un aveu à vous faire, Marguerite, je vous ai caché quelque chose. Lorsque plus tard je vous parlai de ce premier voyage, je vous fis part de toutes les impressions que j'avais rapportées en Angleterre, une seule exceptée. Pouvez-vous deviner quelle était cette impression qui effaçait toutes les autres?

Les yeux de Marguerite demeurèrent fixés sur sa broderie, elle détourna son visage. De grands signes de trouble commencèrent à se manifester sur son chaste corsage de velours noir, non loin des blanches régions dont la broche de filigrane fermait le passage. Elle ne répondit pas un mot. Et cependant Vendale insistait sans pitié pour obtenir une réponse.

—Cette impression, que je rapportais de Suisse,—dit-il,—quelle était-elle?... Ne pouvez-vous la deviner?

Cette fois, elle tourna les yeux vers lui. Un faible sourire effleurait ses lèvres.

—L'impression de la beauté des montagnes, je pense,—dit-elle.

—Non... non... une émotion bien plus précieuse que celle-là!...

—De la beauté des lacs, alors?...

—Non, les lacs me sont devenus plus chers parce qu'ils me rappellent cette émotion qu'aucun mot ne peut rendre. J'aime les lacs, mais leur beauté n'est pas si étroitement liée à mon bonheur dans le présent et à mes espérances d'avenir. C'est de vous que ce bonheur dépend. Vous seule pouvez me rendre la vie aimable et belle, Marguerite, par un mot tombé de vos lèvres. Je vous aime!...

Le front de Marguerite se pencha lorsque Vendale lui prit la main. Il attira la jeune fille vers lui et la regarda. Des larmes s'échappaient de ses beaux yeux célestes et roulaient doucement sur ses joues polies.

—Oh! Monsieur Vendale,—dit-elle tristement,—il eût été bien mieux de garder votre secret. Avez-vous oublié la distance qui est entre nous? Ce que vous dites ne peut jamais... jamais être....