Enfin les cris s'étaient apaisés, les visages étaient couverts de rougeur, les cheveux pendaient défrisés, et M. Pickwick, après avoir embrassé la vieille dame, comme nous l'avons dit plus haut, était resté debout sous le gui, regardant avec une physionomie riante ce qui se passait autour de lui. Tout d'un coup, la jeune demoiselle aux yeux noirs, après quelques chuchotements avec les autres jeunes personnes, s'élança vers M. Pickwick, lui jeta ses bras autour du cou, et le baisa tendrement sur la joue gauche. Aussitôt toute la troupe des jeunes ladies entoura le savant philanthrope, et avant qu'il eût eu le temps de se reconnaître et de savoir de quoi il s'agissait, il fut baisé par chacune d'elles.
C'était un gracieux spectacle de voir M. Pickwick au centre de ce groupe, tantôt tiré d'un côté, tantôt de l'autre; baisé, d'abord sur le menton, puis sur le nez, puis sur ses lunettes, et d'entendre les éclats de rire qui retentissaient de toutes parts. Mais bientôt après ce fut un spectacle plus charmant encore, de voir M. Pickwick, les yeux couverts d'un mouchoir de soie, se précipiter sur les murailles, s'embarraser dans les coins, et accomplir, enfin, avec délices, tous les mystères de colin-maillard, jusqu'au moment où il attrapa l'un des pauvres parents. A son tour, alors, il s'occupa d'éviter le colin-maillard, et il s'en acquitta avec une agilité et une prestesse qui arrachèrent des applaudissements aux assistants. Les pauvres parents attrapaient précisément les gens à qui ils supposaient que cela serait agréable, et se laissaient prendre, par hasard, lorsque quelqu'un trimait trop longtemps.
Quand tout le monde fut fatigué de colin-maillard on alluma un grand snap-dragon[32], et lorsqu'on se fut suffisamment brûlé les doigts, on s'assit auprès d'un énorme feu de troncs enflammés, et autour d'un souper substantiel.
«Ceci, dit M. Pickwick, en regardant autour de lui, ceci, en vérité, est du confort.
—C'est notre coutume invariable, répondit M. Wardle. Tout le monde, domestiques et travailleurs, s'assoit à notre table la veille de Noël, comme vous le voyez. Nous restons ici à conter de vieilles histoires jusqu'à ce que minuit sonne et nous annonce l'arrivée de la fête.—Trundle, mon garçon, attisez le feu.»
Des myriades d'étincelles brillantes pétillèrent dans les airs, lorsque les troncs d'arbre furent remués, et la flamme rouge qui s'en éleva répandit une chaude lumière, qui pénétra dans les coins les plus éloignés de la chambre, et illumina tous les visages.
—Allons, dit Wardle, une chanson; une chanson de Noël. Je vous en chanterai une, à défaut de meilleure.
—Bravo, s'écria M. Pickwick.
—Remplissez les verres, reprit Wardle, il se passera bien deux heures avant que vous voyiez le fond de ce bol. Remplissez à la ronde; et maintenant, la chanson.»
A ces mots le joyeux vieillard entonna, sans plus de cérémonie, d'une voix forte et franche, la chanson que voici: