Mais en parlant ainsi, elle lui décochait un regard où brillait tant de malice et de vivacité qu'il était absolument irrésistible.
Sam se rafraîchit donc d'un baiser, et lut ensuite ce qui suit:
«Markis Gran by Dorken, mekerdi.
«Mon cher Saumule,
«Je suis très fâché davoir le plésir de vous anonser des môvèses nouvelles. Votre Belmaire a atrappé un rumhe en conséquance quelle a u limprudanse de rester trop lontems assise sur le gason humid a la pluie pour antendre un berger qui navet pas pu tenir son bec que tré tar dent la nui parce qui sétait si bien monté avec du grogue qui na pas pu sarrêter aveng deitre un peu dégrisé ce ka pris plusieurres heurres le docteur dit que si elle avait pris du grogue chaux aprais au lieur de le prandre avent elle naurait pas été endommajait. Ses roues a été immédiatement graisé et on a fai tout ce quel on a pu pour la faire rouler Votre père espérait quel pourait marché comme à lordinairre mais juste comme elle tournais le coin mon garson elle a pris le mauves chemin et elle a dégring aulet la montagne avec une vellocité comme on nen na jamès veu et malgré que le médecin a voulu lenrayer ça na servi de rien du tout car elle a fait son dernier relai ière souarre à si zeurre moins vin minnutes ayant fait le voilliage en baucoup moins de temsp qu'à lordinaire peut hêtre parce quelle avait pris trô peu de bagaje en route. Votre père dit que si vous voulez venir me voir samy il en sera bien satisfèz car je suis for sollitaire sammivel. N.B. il veut que ça soit hortografhié comme cela que je dis qui naît pas bien et comme il y a beaucoup de chose à arrranger il hait sûr que votre gouvernur ne si refusera pas bien sûr qu'il ne si refuserra pas samy car je le connais bien ainsil vous envoie ses devoirs auquels je me joint et suis pour la vie infernalement dévoué,
Votre père TONY VELLER»
«Quelle drôle de lettre, dit Sam. Y a-t-il moyen de comprendre ce qu'il veut dire avec ses il et ses je. Ce n'est pas l'écriture de mon père, excepté cette signature ici en lettres moulées. Ça c'est sa griphe.
—Peut-être qu'il l'a fait écrire par quelqu'un et qu'il a signé ensuite, dit la jolie femme de chambre.
—Attendez un peu, reprit Sam en parcourant la lettre de nouveau et en s'arrêtant ça et là pour réfléchir. Vous avez raison. Le gentleman qui l'a écrite racontait le malheur qui est arrivé d'une manière convenable, et alors v'là le père qui vient regarder par-dessus son épaule et qui complique l'histoire en y fourrant son nez. C'est précisément comme ça qu'il fait toujours. Vous avez raison, Mary, ma chère.»
S'étant mis l'esprit en repos sur ce point, Sam relut encore la lettre, et paraissant, pour la première fois, se faire une idée nette de son contenu, il la referma d'un air pensif en disant:
«Ainsi la pauvre créature est morte. J'en suis fâché: elle n'aurait pas eu un mauvais caractère, si ces bergers l'avaient laissée tranquille. J'en suis très-fâché.»