— Écoutez, dit la veuve, faisant sonner des pièces de monnaie sur le banc près duquel ils étaient; comptez.

— Six, dit l'aveugle en les écoutant attentivement à mesure.
Comment! pas davantage?

— C'est l'épargne de cinq années. Six guinées.»

Il prit une des pièces dans sa main, la tâta soigneusement, la mit dans ses dents, la fit sonner sur le banc, et invita la veuve à continuer.

«Ces guinées-là, je les ai amassées sou par sou, pour les cas de maladie, ou dans la prévision de la mort qui pourrait m'enlever à mon fils. C'est le prix de cinq années de faim, de veilles et de travail. Si vous êtes disposé à les prendre, prenez-les, mais à la condition que vous quitterez la maison à l'instant, et que vous ne rentrerez plus dans cette chambre où mon fils est assis à vous attendre.

— Six guinées! dit l'aveugle, secouant la tête; il est vrai qu'elles sont de poids et de bon aloi, mais ce n'est pas les vingt guinées que je vous demande, la veuve; nous sommes loin de compte.

— Vous savez bien que, pour une somme pareille, il faut que j'écrive loin d'ici. Envoyer une lettre, recevoir la réponse tout cela demande du temps.

— Deux jours, peut-être? dit Stagg.

— Davantage.

— Quatre jours?