— Huit jours. Revenez d'aujourd'hui en huit, à la même heure; mais pas ici: vous m'attendrez au coin de la ruelle.

— Et par conséquent, dit l'aveugle d'un air rusé, je suis sûr de vous retrouver encore ici?

— Où voulez-vous que j'aille chercher un asile ailleurs? N'êtes- vous pas encore content, après m'avoir réduite à la mendicité et m'avoir dépouillée du petit trésor si chèrement amassé, que je sacrifie, en ce moment, pour pouvoir au moins rester chez moi?

— Hum! dit l'aveugle après quelques moments de réflexion: mettez- moi la face tournée du côté que vous dites, et juste dans le chemin. Suis-je bien là?

— Vous y êtes.

— Eh bien! d'aujourd'hui en huit au coucher du soleil. N'oubliez pas le garçon qui est là dedans. Quant à présent, bonsoir!»

Elle ne lui fit pas de réponse, et il n'en attendait pas. Il s'en alla lentement, retournant de temps en temps la tête, et s'arrêtant pour écouter, comme s'il était curieux de savoir s'il n'y avait pas quelqu'un par là qui l'observât. Les ombres de la nuit s'épaississaient rapidement; il fut bientôt perdu dans leur obscurité. Cependant, ce ne fut qu'après avoir traversé la ruelle, d'un bout à l'autre, et s'être assurée qu'il était parti, qu'elle rentra dans sa cabane et se dépêcha de barrer la porte et la fenêtre.

«Mère, dit Barnabé, qu'est-ce que vous faites donc? Où est l'aveugle?

— Il est parti.

— Parti! cria-t-il en sursaut. Je voulais encore lui parler. Par où est-il allé?