— Dans des circonstances comme celles-ci, certainement oui,» répondit Traddles.
Quel fut mon étonnement quand je vis ma tante, qui jusque-là avait écouté avec un calme parfait, ne faire qu'un bond vers Uriah Heep et le saisir au collet!
«Vous savez ce qu'il me faut? dit ma tante.
— Une camisole de force, dit-il.
— Non. Ma fortune! répondit ma tante. Agnès, ma chère, tant que j'ai cru que c'était votre père qui l'avait laissé perdre, je n'ai pas soufflé mot: Trot lui-même n'a pas su que c'était entre les mains de M. Wickfield que je l'avais déposée. Mais, maintenant que je sais que c'est à cet individu de m'en répondre, je veux l'avoir! Trot, venez la lui reprendre!»
Je suppose que ma tante croyait sur le moment retrouver sa fortune dans la cravate d'Uriah Heep, car elle la secouait de toutes ses forces. Je m'empressai de les séparer, en assurant ma tante qu'il rendrait jusqu'au dernier sou tout ce qu'il avait acquis indûment. Au bout d'un moment de réflexion, elle se calma et alla se rasseoir, sans paraître le moins du monde déconcertée de ce qu'elle venait de faire (je ne saurais en dire autant de son chapeau).
Pendant le quart d'heure qui venait de s'écouler, mistress Heep s'était épuisée à crier à son fils d'être «humble;» elle s'était mise à genoux devant chacun de nous successivement, en faisant les promesses les plus extravagantes. Son fils la fit rasseoir, puis se tenant près d'elle d'un air sombre, le bras appuyé sur la main de sa mère, mais sans rudesse, il me dit avec un regard féroce:
«Que voulez-vous que je fasse?
— Je m'en vais vous dire ce qu'il faut faire, dit Traddles.
— Copperfield n'a donc pas de langue? murmura Uriah. Je vous donnerais quelque chose de bon coeur, si vous pouviez m'affirmer, sans mentir, qu'on la lui a coupée.