S'étant délivré lui-même de cette remarque avec un mépris infini, le vieux Gruff et Tackleton sortit.

Berthe resta où il l'avait laissée, perdue dans ses réflexions. La gaîté s'était évanouie de son visage baissé, et elle était bien triste. Trois ou quatre fois elle secoua la tête, comme si elle regrettait quelque souvenir ou quelque perte; mais ses tristes réflexions ne se révélèrent par aucune parole.

Caleb avait été occupé pendant ce temps à joindre le timon des chevaux à un wagon par un procédé sommaire, en clouant le harnais dans les parties vives de leurs corps, lorsqu'elle se dressa tout à coup de sa chaise, et venant s'asseoir près de lui, elle lui dit:

— Mon père, je suis dans la solitude des ténèbres. J'ai besoin de mes yeux, mes yeux patients et pleins de bonne volonté.

— Voici vos yeux, dit Caleb, ils sont toujours prêts; ils sont plus à vous qu'à moi, Berthe, et à chaque heure des vingt-quatre heures. Que voulez-vous faire de vos yeux, ma chère?

— Regardez autour de la chambre, mon père.

— C'est fait, dit Caleb. Vous n'avez pas plutôt parlé que c'est fait, Berthe.

— Dites-moi ce que vous voyez ici autour.

— Tout est la même chose qu'à l'ordinaire, dit Caleb, grossier mais bien conditionné: de gaies couleurs sur les murs, de brillantes fleurs sur les plats et les assiettes, des bois polis, des poutres et des panneaux luisants, la maison respire partout l'enjouement et la gaîté, et est vraiment fort gentille.

Elle était agréable et gaie partout où les mains de Berthe avaient l'habitude et pouvaient atteindre. Mais il n'en était pas ainsi des autres endroits, ils n'étaient nullement gais ni agréables, il n'était pas possible de le dire, quoique ils eussent été si bien transformés par Caleb.