La voix le reprenant dit: — Comme je l'aime.

Le voiturier répéta, mais faiblement: — Comme je l'aimais. Sa langue résistait à sa volonté, et aurait voulu parler à sa guise pour elle-même et pour lui.

La fée, dans une attitude d'invocation, leva la main et dit:

— Sur votre propre foyer…

— Le foyer qu'elle a souillé, interrompit le voiturier.

— Le coeur qu'elle a… combien de fois… béni et illuminé, dit le Grillon; le foyer qui, sans elle, était un composé de quelques briques et de barreaux de fer rouillés, et qui est devenu par elle l'autel de votre maison, sur lequel vous avez sacrifié les petites passions, l'égoïsme, et vous avez offert l'hommage d'un esprit tranquille, d'une nature confiante, et un coeur plein de sensibilité; de sorte que la fumée de cette pauvre cheminée est sortie au dehors répandant un parfum plus agréable que le meilleur encens qui brûle dans les plus splendides temples du monde! Au nom de votre propre foyer, dans son paisible sanctuaire, entouré de tous ses plus beaux souvenirs, écoutez-la! écoutez-moi! Écoutez tout ce qui parle le langage de votre foyer et de votre maison!

— Et qui plaide pour elle? dit le voiturier.

— Tout ce qui parle le langage de votre foyer et de votre maison doit plaider pour elle, répondit le Grillon; car ils disent la vérité.

Et pendant que le voiturier, sa tête appuyée sur ses mains, restait assis sur sa chaise à méditer, l'apparition était auprès de lui, lui suggérant des réflexions en vertu de son pouvoir, et les lui présentant comme dans un miroir ou dans un tableau. Cette apparition n'était pas solitaire. Du foyer, de la cheminée, de la sonnette, de la pipe, du chaudron, du berceau, du plancher, des murs, du collier, de l'escalier, de la voiture au dehors, et de la table au dedans, de tous les ustensiles de ménage, de tous les objets avec lesquels sa femme était familière, et où elle avait attaché des souvenirs d'elle-même qui remplissaient la pensée de son infortuné mari, des esprits s'échappaient, non pas pour se tenir debout à coté de lui comme le Grillon, mais pour se mettre à l'ouvrage. Tous rendaient honneur à son image. Ils le tiraient par les pans de son habit pour lui montrer quand elle paraissait. Ils se groupaient autour d'elle, l'embrassaient et répandaient des fleurs sur ses pas. Ils essayaient de couronner sa belle tête avec leurs petites mains. Ils montraient qu'ils étaient pleins d'amour pour elle; et qu'il n'y avait pas de créature laide, méchante ou accusatrice qui s'élevât contre elle, tandis qu'eux tous l'applaudissaient.

Les pensées du voiturier étaient toutes fixées sur l'image de sa femme. Elle était toujours là.