Plus d'une fois, deux fois ou trois fois, dans cette longue nuit pensive, les fées la lui montrèrent assise sur son siège favori, avec sa tête penchée, ses mains crispées sur son front, et ses chevaux épars, comme il l'avait vue la dernière fois. Et en la trouvant dans cette posture, elles ne tournaient plus autour de lui et ne le regardaient plus, mais elles se groupaient autour d'elle pour la consoler et la baiser, elles se disputaient à qui lui montrerait le plus de sympathie et de tendresse, et elles oubliaient entièrement le mari.
La nuit se passa ainsi. La lune se coucha, les étoiles pâlirent, la fraîcheur du matin se fit sentir, le soleil se leva. Le voiturier était encore assis au coin de la cheminée, livré à ses réflexions. Il était assis là, la tête sur ses mains. Toute la nuit le fidèle Grillon avait fait cri, cri, au foyer. Toute la nuit, il avait écouté sa voix. Toute la nuit les fées de la maison s'étaient occupées de lui. Toute la nuit, Dot lui avait paru aimable et innocente dans la glace, excepté lorsque la grande ombre y paraissait.
Il se leva quand il fut grand jour, se lava et arrangea ses vêtements. Il ne fut pas se livrer à ses occupations accoutumées, il n'en avait pas le courage. Cela importait peu, parce que c'était le jour de noce de Tackleton, et il s'était arrangé pour être suppléé. Il avait pensé à se rendre joyeusement à l'église avec Dot. Mais de tels plans étaient finis. C'était aussi l'anniversaire de leur mariage. Ah! combien peu il avait prévu une pareille fin d'année!
Le voiturier avait espéré que Tackleton viendrait le voir de bonne heure, et il ne s'était pas trompé. À peine avait-il fait quelques allées et venues devant la porte, qu'il vit venir sur la route le marchand de joujoux dans sa voiture. À mesure qu'elle approchait, il s'aperçut que Tackleton s'était paré pour son mariage et avait orné la tête de son cheval de fleurs et de rubans.
Le cheval avait mieux l'air d'un fiancé que Tackleton, dont les yeux demi-fermés avaient une expression plus désagréable que jamais.
— John Peerybingle! dit Tackleton avec un air de condoléance. Mon brave homme, comment allez-vous ce matin?
— J'ai passé une triste nuit, M. Tackleton, répondit le voiturier, en secouant la tête, car mon esprit a été bien troublé. Mais cela est passé maintenant. Pourriez-vous me donner une demi- heure pour un entretien particulier?
— Je suis venu pour cela, dit Tackleton en mettant pied à terre. Ne faites pas attention au cheval; il restera assez tranquille, si vous lui donnez une bouchée de foin.
Le voiturier alla chercher du foin dans son écurie, le mit devant le cheval et ils entrèrent dans la maison.
— Vous ne vous mariez pas avant midi, je pense, dit-il.