— Qu'y a-t-il? demanda l'enfant.
— Rien, ma chère, répondit le visiteur. Je suis votre ami. Peut- être n'y aviez-vous pas songé; mais c'est moi qui suis votre ami, et non pas lui.
— Qui, lui?
— Short, ma chère. Je vous le dis, bien qu'il ait des façons câlines qui pourraient vous faire illusion; c'est moi qui suis l'homme franc et loyal de l'association. J'ai le coeur sur la main. On ne le dirait pas, mais cela n'empêche pas que c'est la vérité.»
Nelly commençait à. se sentir effrayée, en pensant que l'ale avait produit trop d'effet sur M. Codlin, et que les louanges qu'il s'accordait devaient être une conséquence de ses libations.
«Short, reprit le misanthrope, est sans doute très-bien et paraît affectueux, mais il exagère la chose; moi, c'est bien différent.»
Certes, si M. Codlin avait un défaut, en fait de tendresse de coeur, c'était plutôt d'en manquer que d'en avoir à revendre, à en juger par ses manières. Mais Nelly était trop préoccupée pour dire ce qu'elle pensait à cet égard.
«Suivez mes conseils, reprit Codlin; ne me demandez pas le pourquoi, mais croyez-moi: tant que vous voyagerez avec nous, tenez-vous le plus près possible de moi. Ne proposez point de nous quitter (pour quelque raison que ce soit), mais attachez-vous toujours à moi, et dites que je suis votre ami. Voulez-vous, ma chère, vous bien mettre cela dans l'esprit, et me promettre de dire toujours que c'était moi qui étais votre ami?
— Le dire à qui et quand? demanda naïvement l'enfant.
— Oh! à personne en particulier, répondit Codlin, un peu déconcerté par cette question. Je désire seulement que, dans l'occasion, vous puissiez dire que je suis votre ami, et me rendre ce témoignage. Vous ne sauriez vous imaginer quel intérêt je vous porte. Pourquoi ne me conteriez-vous pas votre petite histoire, ce qui vous est arrivé à vous et au pauvre vieillard? Je suis le meilleur conseiller que vous puissiez prendre, et vous m'inspirez tant d'intérêt!… certainement bien plus qu'à Short. Il me semble qu'on monte l'escalier. Il n'est pas nécessaire que vous parliez à Short du petit entretien que nous avons eu ensemble. Bonsoir. Rappelez-vous votre véritable ami. C'est Codlin qui est votre ami, ce n'est pas Short. Short est bon enfant dans ce qu'il est; mais votre véritable ami, c'est Codlin, et non pas Short.»