—Oh! pas du tout, mon cher Pip, dit Biddy; ne t'inquiète pas de moi.
—Si je pouvais seulement le faire, c'est tout ce qu'il me faudrait.
—Mais tu le vois, mon pauvre Pip, tu ne pourras jamais,» dit Biddy.
À ce moment de la soirée, la chose ne me paraissait pas aussi invraisemblable qu'elle m'eût paru si nous avions discuté cette question quelques heures auparavant. Je dis donc que je n'en étais pas tout à fait sûr. Biddy dit qu'elle en était bien certaine, et elle le dit d'une manière décisive. Au fond de mon cœur, je sentais qu'elle avait raison, et cependant j'étais peu satisfait de la voir si affirmative sur ce point.
En approchant du cimetière, nous eûmes à traverser un remblai et à franchir une barrière près de l'écluse. Nous vîmes apparaître tout à coup le vieil Orlick; il sortait de l'écluse, des joncs ou de la vase.
«Hola! fit-il, où allez-vous donc, vous deux?
—Où irions-nous, si ce n'est à la maison?
—Eh bien! je veux que le diable m'emporte si je ne vais pas avec vous pour vous voir rentrer!»
C'était sa manie, à cet homme, de vouloir que le diable l'emportât. Peut-être n'attachait-il pas d'importance à ce mot, mais il s'en servait comme de son nom de baptême pour en imposer au pauvre monde et faire naître l'idée de quelque chose d'épouvantablement nuisible. Lorsque j'étais plus jeune, je me figurais généralement que si le diable m'emportait personnellement, il ne le ferait qu'avec un croc recourbé, bien trempé et bien pointu. Biddy n'était pas d'avis qu'il vînt avec nous, et elle me disait tout bas:
«Ne le laisse pas venir, je ne l'aime pas.»