Comme moi-même je ne l'aimais pas non plus, je pris la liberté de lui dire que nous le remerciions beaucoup, mais que nous n'avions pas besoin qu'on nous vît rentrer. Orlick accueillit mes paroles avec un éclat de rire et s'arrêta; mais bientôt après, il nous suivit à distance, tout en clopinant.

Voulant savoir si Biddy le soupçonnait d'avoir prêté la main à la tentative d'assassinat contre ma sœur, dont celle-ci n'avait jamais pu rendre compte, je lui demandai pourquoi elle ne l'aimait pas.

«Oh! dit-elle en le regardant par-dessus son épaule, pendant qu'il tâchait de nous rattraper d'un pas lourd, c'est que je crains qu'il ne m'aime.

—T'a-t-il jamais dit qu'il t'aimait? demandai-je d'un air indigné.

—Non, dit Biddy, en jetant de nouveau un regard en arrière; il ne me l'a jamais dit; mais il se met à danser devant moi toutes les fois qu'il s'aperçoit que je le regarde.»

Quelque nouveau et singulier que me parût ce témoignage d'attachement, je ne doutais pas un seul instant de l'exactitude de l'interprétation de Biddy. Je m'échauffais à l'idée que le vieil Orlick osât l'admirer, comme je me serais échauffé s'il m'eût outragé moi-même.

«Mais cela n'a rien qui puisse t'intéresser, ajouta Biddy avec calme.

—Non, Biddy, c'est vrai; seulement je n'aime pas cela, et je ne l'approuve pas.

—Ni moi non plus, dit Biddy, bien que cela doive t'être bien égal.

—Absolument, lui dis-je; mais je dois avouer que j'aurais une bien faible opinion de toi, Biddy, s'il dansait devant toi, de ton propre consentement.»