Ce fut une triste soirée pour tous deux; mais, avant d'aller nous coucher, j'avais résolu d'attendre jusqu'au lendemain. Le lendemain était un dimanche, je commencerais une nouvelle vie avec la nouvelle semaine. Le lundi matin, je parlerais à Joe de son changement, je mettrais de côté ce dernier vestige de réserve, je lui dirais ce que j'avais dans la pensée (ce second point n'était pas encore tout à fait résolu), et pourquoi je ne m'étais pas décidé à aller retrouver Herbert, et alors la confiance de Joe serait reconquise pour toujours. À mesure que je me rassérénais, Joe se rassérénait aussi, et il me sembla qu'il avait pris aussi sympathiquement une résolution.
Nous passâmes tranquillement la journée du dimanche, et nous gagnâmes la campagne en voiture, pour nous promener à pied dans les champs.
«Je remercie le ciel d'avoir été malade, Joe, dis-je.
—Cher vieux Pip, mon vieux camarade; vous en êtes maintenant presque revenu, monsieur.
—Ç'a été un temps mémorable pour moi, Joe.
—Comme pour moi, monsieur, répondit Joe.
—Nous avons passé ensemble un temps que je n'oublierai jamais, Joe. Il y a eu des jours, je le sais, que j'ai oubliés pendant un certain temps, mais jamais je n'oublierai ceux-ci.
—Pip, dit Joe paraissant un peu ému et troublé, il y a eu quelques bons moments, et, cher monsieur, ce qui a été entre nous, a été.»
Le soir, quand je fus au lit, Joe vint dans ma chambre, comme il y était venu pendant tout le temps de ma convalescence. Il me demanda si j'étais sûr d'être aussi bien portant que le matin.
«Oui, cher Joe, parfaitement.