Sans s'arrêter, sans réfléchir un instant, sans tourner une seule fois la tête à droite ou à gauche, sans lever les yeux vers le ciel ni les baisser vers la terre, le brigand prit sa course, l'oeil hagard et les dents si serrées qu'il en avait la mâchoire saillante; il ne murmura pas une parole, pas un de ses muscles ne se détendit, jusqu'à ce qu'il eut gagné la porte de sa demeure. Il fit tourner doucement la clef dans la serrure, monta rapidement l'escalier, entra dans sa chambre, ferma la porte à double tour, appuya une lourde table contre la porte et tira le rideau du lit.
La jeune fille était couchée, à demi vêtue. L'entrée de Sikes l'avait réveillée en sursaut.
«Debout, dit l'homme.
- Est-ce toi, Guillaume? dit-elle avec une expression de plaisir en le voyant de retour.
- Oui, répondit-il. Debout.»
Une chandelle brûlait près du lit; l'homme l'ôta vivement du chandelier et la jeta dans la cheminée; la jeune fille voyant que le jour commençait à poindre, se leva pour tirer le rideau de la fenêtre.
«Laisse-le, dit Sikes, en lui barrant le passage. Il fait assez clair pour ce que j'ai à faire.
- Guillaume, dit Nancy d'une voix étouffée par la terreur, pourquoi me regardes-tu ainsi?»
Les narines gonflées, la poitrine haletante, le brigand la considéra quelques instants; puis, la saisissant par la tête et par le cou, il la traîna jusqu'au milieu de la chambre, et, jetant un coup d'oeil vers la porte, il lui mit sa grosse main sur la bouche.
«Guillaume, Guillaume!… dit la jeune fille d'une voix étouffée, en se débattant avec l'énergie que donne la crainte de la mort, je ne crierai pas…, écoute-moi…, parle-moi…, dis-moi ce que j'ai fait?