Pour empêcher le massacre de leurs nationaux, les Polonais se déclarent neutres et abandonnent la lutte.
Vis-à-vis des Français, le colonel est peu bienveillant. Il prétend que les officiers des missions sanitaires ou d’aviation n’ont pas été rigoureusement neutres et recommande aux militaires de ne pas bouger, autrement les Français civils paieront pour eux.
Des perquisitions sont opérées en masse. On cherche les officiers qui se cachent encore et l’on saisit toutes les armes. En ville que de dégâts! Des maisons éventrées, des vitres partout brisées, des devantures de magasins criblées de balles, des fils des télégraphes et des tramways pendent lamentablement et donnent un aspect sinistre. Le ravitaillement devient difficile. Les Bolcheviks ayant taxé les denrées, les paysans se refusent à venir en ville: plus de beurre, plus de viande, du pain noir fait avec de la farine de pois chiches.
Dans les rues, de sinistres têtes de marins et de sœurs de charité, terribles et impressionnantes apparitions. Elles sont typiques ces sœurs, parfois en culottes, le revolver à la ceinture, servant aux unes à achever les blessés, aux autres à faire le coup de feu pendant la bataille.
Quelques jours plus tard, l’on fait aux Bolcheviks des funérailles grandioses: 450 corps couchés dans de noirs cercueils, suivis d’un immense cortège, drapeaux rouges et noirs en tête. Pas un Pope. Beaucoup de bières ouvertes suivant la coutume orthodoxe. De pauvres mères embrassent le cher visage du mort et se frappent le front contre les cercueils.
Kiev évacuée par les Bolcheviks
Le 16 février, l’armistice est rompu, et aussitôt Allemands et Autrichiens avancent pour occuper le pays. Mouraviof quitte Kiev pour aller en Bessarabie contre les Roumains. Les Allemands occupent Rovno. Bientôt ils seront à Kiev où ils sont attendus avec impatience, car alors la terreur cessera, la tranquillité régnera, la vie normale enfin reprendra.
En silence, les Bolcheviks évacuent la ville, et la livrent à de nombreuses bandes de matelots pillards. Les arrestations recommencent, les fusillades sont plus terribles et plus arbitraires: des officiers reconnus par leurs hommes sont fusillés pour ce seul motif. Les marins deviennent plus audacieux et ne respectent plus les étrangers. La terreur des habitants est grande. C’est un exode général des étrangers vers Moscou.
Le 19, les missions françaises quittent Kiev ayant à leur tête le général Tabouis, commissaire de la République française près du Gouvernement ukrainien. Un grand nombre de françaises réussissent à trouver place dans le train et à se sauver vers le Nord d’où peut-être elles pourront regagner la France; le lendemain, le Consul part à son tour. La ville est traversée par 30.000 Tchèques qui fuient vers l’Est.