Il semble que, vers la fin de son gouvernement, le Hetman se soit émancipé de l’influence des réactionnaires allemands. Mais c’est pour tomber sous celles des réactionnaires russes. La preuve la plus éclatante de ce fait est fournie par le retour au ministère de Nistiakovski, auteur d’un projet censitaire réactionnaire pour les élections municipales et provinciales, et le maintien au cabinet de Reinbot, connu pour les opinions réactionnaires qu’il avait exprimées, alors qu’il était fonctionnaire sous le régime tsariste à Petrograd.

Quant à la fermeté des opinions politiques du Hetman et de la plupart de ses ministres, elle est éloquemment certifiée par la note de dix de ces ministres, à la date du 17 octobre, ainsi que par sa dernière déclaration. Dans l’une comme dans l’autre, ces partisans convaincus de l’indépendance se déclarent des fédéralistes tout aussi convaincus. C’est que dans le Cabinet des «Indépendants» tout comme dans celui des «Fédéralistes» il n’y a point d’hommes politiques véritablement ukrainiens, exception faite de M. Dorschevko. Ce sont des hommes que la peur des Bolcheviks a fait enfuir de Petrograd et de Moscou, et qui sont venus à Kiev; ou bien ils sont nés à Kiev, mais demeurent étrangers aux aspirations nationales, ignorants de la langue ukrainienne, de l’histoire et de la culture ukrainiennes et se montrent hostiles à l’idée de la régénération ukrainienne.

Il est impossible de s’imaginer un plus profond piétinement des droits du peuple et un mépris plus absolu du peuple lui-même. Des insurrections particulières ont lieu sur tout le territoire ukrainien. Les troupes allemandes qui comprennent plus de 500.000 hommes défendent très énergiquement les intérêts du Hetman qui se confondent avec les leurs. Le sang des paysans et des ouvriers ukrainiens coule, l’artillerie allemande rase des villages entiers. C’est un massacre systématique de tout ce qui veut rester ukrainien. La création d’un gouvernement démocratique devient pour l’Ukraine une question extrêmement urgente. La patience du peuple est à bout. Tous les partis politiques se réunissent pour fonder contre les Allemands et Skoropadsky une Ligue nationale qui fomente un soulèvement général, renverse le Hetman et établit un Directoire de cinq membres parmi lesquels M. Petlioura, le futur généralissime de l’armée ukrainienne.


Petlioura

Comme secrétaire général, ministre de la guerre, membre et plus tard président du Directoire ukrainien, Petlioura a joué et joue encore un si grand rôle en Ukraine qu’il mérite bien quelques notes biographiques.

Bolcheviste pour les réactionnaires, réactionnaire pour les Bolcheviks, Petlioura, le grand calomnié, est pour le peuple ukrainien tout entier, le héros national, le libérateur de l’Ukraine.

Il est né d’une pauvre famille de cosaques à Poltava, en 1878. Après des études faites au séminaire de sa ville natale, il reçut le brevet d’instituteur. Son activité politique l’obligea à passer en Galicie où il se familiarisa avec le mouvement nationaliste.

La première Révolution (1905) le trouva à Kiev où tout de suite, il prit une part très active à la fondation du journal Rada, publié en langue ukrainienne, tout en collaborant au Slovo, organe social démocrate.

Conduit par les circonstances à Petrograd, il continue sa collaboration aux journaux kiévois, s’occupe activement du mouvement ukrainien et de la fondation du Club ukrainien.