A Moscou, où il se rend ensuite, il devient secrétaire de rédaction de la revue mensuelle Ukrainskaia Jisn, en langue russe, et participe à l’organisation de la société musicale Kobsar. C’est par ignorance des habitudes du peuple slave, que des adversaires de Petlioura ont confondu son rôle dans cette société musicale avec la profession d’artiste de café-concert qu’il aurait exercée. En Russie, toute société, même politique, organise parmi ses membres un orphéon ou un orchestre, qui est mis à contribution dans des soirées d’ailleurs très agréables offertes fréquemment à tous les sociétaires et à leur famille.

Au commencement de la guerre de 1914, Petlioura se rend sur le front pour y représenter le Zemsky Soiouz et organiser des hôpitaux de première ligne. C’est là que le trouvèrent la Révolution et le vote du premier Congrès militaire ukrainien qui le désigne comme président du Comité général militaire ukrainien.

Au moment où la Rada centrale crée le Secrétariat général comme organe exécutif, Petlioura devient tout naturellement secrétaire général des affaires de la guerre, puis ministre de la guerre quand le Directoire se constitue, en juillet 1918. Toute l’activité de M. Petlioura depuis la Révolution, peut se résumer en deux mots: guerre aux ennemis de l’Ukraine, qu’ils soient Allemands, Bolcheviks ou Polonais.


Skoropadsky et l’Entente

Le 13 novembre, les journaux de Kiev annoncent qu’un armistice vient d’être conclu sur le front français.

Aussitôt, sur la demande du Consul du Danemark et des partis ukrainiens, les portes de la prison de Lukianovka s’ouvrent pour rendre à la liberté les détenus politiques, parmi lesquels se trouvaient plusieurs Français et quelques membres de la Rada, internés plusieurs mois auparavant par les Allemands.

Le Hetman Skoropadsky, jusque là germanophile convaincu, change de politique et devient francophile très ardent. Il forme un nouveau cabinet et remplace au Sous-Secrétariat des Affaires Etrangères le bureaucrate russe Paltof, instrument des Allemands en Ukraine, par M. Galip dont les sentiments francophiles sont connus de tous et dont toute l’activité, au cours des derniers mois, s’est dépensée à susciter des obstacles à l’occupation allemande. Espérant avoir mis par ce changement la politique de l’Ukraine d’accord avec les vœux de l’Entente, il envoie des missions diplomatiques à Jassy, près de la Commission interalliée et à Odessa, près de M. Henno, représentant des Alliés sur les bords de la Mer Noire.

La presse au service du Hetman reçoit l’ordre d’entonner l’hymne aux Alliés et plus particulièrement à la France: ce fut chaque matin le dénombrement des navires de guerre qui paraissaient à l’horizon, à la sortie du Bosphore, et des divisions anglaises et françaises qui débarquaient à Novorossiisk, à Sébastopol et à Odessa, des divisions roumaines et polonaises qui se massaient aux frontières de l’Ukraine pour la défendre, d’une part contre les «bandes» de Petlioura qui s’avançaient de la Galicie et les «bandes» lettonnes et chinoises au service des Bolcheviks russes, qui venaient de l’Est et du Nord-Est.

En même temps, l’armée des Volontaires se compte et fait des enrôlements, réquisitionne édifices, vêtements, chaussures et aliments et bientôt décrète la mobilisation générale, d’abord de la jeunesse des Universités et des Gymnases, puis de toute la jeunesse du pays non encore occupé par l’armée de Petlioura.