Il est difficile de savoir le chiffre exact de la production agricole de l’Ukraine. Cependant, on peut dire que la moyenne annuelle était au cours des années 1911-1915 de 275.000.000 de quintaux de céréales (froment, seigle, orge), 100.000.000 de quintaux de betteraves à sucre, 60.000.000 de quintaux de pommes de terre, 87.000.000 de kilogrammes de tabac, 6.000.000 de quintaux de graines oléagineuses, 1.000.000 de quintaux de chanvre, 600.000 quintaux de lin. L’Ukraine surpasse par sa production de céréales tous les autres pays de l’Europe.
Les méthodes agricoles des paysans ukrainiens sont des plus primitives et ne diffèrent en rien de celles employées il y a cent ans. Aussi, il n’est nullement douteux que le jour où l’Ukraine fournira à ses cultivateurs le moyen d’intensifier leurs cultures par des procédés plus modernes, la production agricole sera plus que décuplée. Dès que la vie normale aura repris son cours dans ces vastes steppes, les machines agricoles et les instruments aratoires y seront achetés en grande quantité et l’on y verra alors des moissons de plus en plus abondantes et des récoltes pouvant satisfaire les besoins, même de l’Europe occidentale.
En même temps que le seigle, le froment et l’orge, les paysans ukrainiens cultivent l’avoine, le millet, le sarrasin, les pommes de terre, les pois, les lentilles, le tabac, et les betteraves à sucre.
La sylviculture n’est pas encore très développée en Ukraine. La superficie boisée ne dépasse pas 110.000 kilomètres carrés, c’est-à-dire 13 0/0 de la superficie totale, alors qu’en France ce pourcentage est de 15, en Allemagne de 25,9, en ancienne Hongrie de 27,4, en ancienne Autriche de 32,7 et en Russie de 38,8. La principale cause se trouve dans le fait que le territoire ukrainien est formé surtout de vastes steppes plus propres à l’agriculture qu’à la sylviculture.
Les régions les plus boisées sont la Bukovine avec 42 0/0 (district de Kimpolung 78 0/0), la Polissya avec 38,2 0/0, la Volhynie avec 29,6 0/0, la Galicie avec 25,4 0/0 et Grodno avec 25,5 0/0.
En 1900, la Galicie a fourni 3.660.000 mètres cubes de bois ouvrable et une quantité à peu près égale de bois de chauffage, dont un million et demi a été exporté. L’exportation de bois de la Polissya est annuellement d’environ 900.000 mètres cubes.
Mais lorsque le peuple ukrainien aura été doté d’une réforme agraire qui présidera à une meilleure répartition des terres, il ne fait aucun doute que la sylviculture sera l’objet d’un très grand développement; elle deviendra plus rationnelle et l’Ukraine ouvrira un marché de bois mieux fourni et plus avantageux.
La culture maraîchère est peu développée en Ukraine. Si l’on en excepte les petits potagers qui se trouvent derrière chaque maison et les champs de melon dans les steppes, on ne voit pas de grandes cultures maraîchères, même dans le voisinage des grandes villes, sauf dans les régions de Tchernigov, d’Odessa et sur le Dnièpre, dans l’ancien pays de Zaporogs (Oleshki, etc...). Là seulement les légumes sont cultivées sur une grande échelle tant pour l’exportation que pour les besoins locaux.
Mais, comme pour la sylviculture, dès que la loi agraire aura donné à chaque paysan le lopin de terre auquel il a droit, beaucoup de cultivateurs s’efforceront de tirer de cette culture tous les bénéfices qu’elle peut leur donner.
L’arboriculture par contre, s’y fait sur une assez vaste échelle. En Podolie, les vergers seuls représentent une surface de 26.000 hectares avec une production d’environ 300.000 quintaux de fruits et 8.000 quintaux de noix et d’amandes. Mais c’est à Ialta, en Tauride, que la production annuelle atteint le chiffre le plus élevé: elle dépasse 260.000 quintaux de fruits et 40.000 quintaux de noix. C’est dans cette région que l’on trouve les plus belles espèces de pommes, de poires, de prunes, de pêches, d’abricots et en général les meilleurs fruits de toute l’Europe.