Si le Hetman vient à mourir par la volonté de Dieu, que l’Ukraine elle-même élise un nouvel Hetman parmi son propre peuple en informant seulement le Tsar de cette élection.
Que l’armée ukrainienne s’élève toujours à 60.000 hommes.
Que les impôts soient perçus par des fonctionnaires élus.
Que le Hetman et le gouvernement ukrainien puissent recevoir les ambassadeurs qui, de tout temps, sont venus des pays étrangers en Ukraine».
Donc, ce traité qui, d’après les adversaires du mouvement nationaliste ukrainien actuel, prouverait que l’Ukraine s’est donnée à la Russie, garantit au contraire au peuple ukrainien un gouvernement autonome, une armée permanente, une administration fiscale particulière et enfin, sous certaines réserves, la faculté d’entretenir des rapports internationaux, c’est-à-dire réserve sa complète indépendance.
Cette charte des libertés ukrainiennes, confirmée par lettres patentes du Tsar Alexis Mihailovitch, le 27 mars 1654, a été cyniquement foulée aux pieds par tous ses successeurs jusqu’en 1917; mais ce déni de justice ne confère pas aux Russes qui ont aboli le tsarisme pour obtenir plus d’équité, le droit de s’opposer à l’indépendance de l’Ukraine.
D’ailleurs, pour s’assurer que l’Ukraine n’est pas née d’hier, il suffit de feuilleter l’Histoire.
Le célèbre auteur de la remarquable Histoire de Russie, Karamzin (1765-1826), avoue «que les provinces méridionales de la Russie (l’Ukraine) devinrent dès le XIIIe siècle comme étrangères pour notre patrie septentrionale, dont les habitants prenaient si peu part au sort des Kioviens, Volhyniens, Galiciens, que les chroniqueurs de Souzdal et de Novgorod n’en disent presque pas un mot».
Pierre le Grand emploie le mot Ukraine et dit: «Le peuple ukrainien est très intelligent, mais ce n’est pas un avantage pour nous».
Catherine II rend hommage à l’esprit de sacrifice du comte Alexis Razvomowtsky «qualité naturelle à la nation petite-russienne»; elle est enchantée du climat de Kiev où elle trouve le printemps, alors «que chez nous, en Russie, c’est encore l’hiver», mais cela ne fait que l’engager davantage à employer «les dents d’un loup» et «les ruses d’un renard» pour parvenir à la russification complète de ce merveilleux pays.