En effet, dès le retour de sa nièce, Jacques-Olivier de Targes s’était engagé, réclamant la faveur de monter, tout de suite, en première ligne. Il aurait voulu, méprisant l’âge, la fatigue et l’impitoyable maladie qui le rongeait, écrire un beau livre, une œuvre vécue sur la grande guerre.

Que risquait-il ?… De mourir un peu plus tôt ?… La Faculté n’avait-elle pas compté ses jours ? Autant finir en beauté…

Et il était tombé dans une vague d’assaut, grimpé sur un talus, entraînant les autres, une fleur à la main, en récitant, — ce poète ! — des vers du quatrième acte de Cyrano !…

La mort sublime de Jacques-Olivier de Targes, dit « Provence », avait donné aux folles erreurs de celui qui fut Frère Jacques la plus glorieuse absolution…

Françoise l’a très sincèrement pleuré.

Elle pense à lui, dans ce décor somptueux où il aimait à vivre, avec la même piété qu’elle accorde au souvenir de la petite Triestine.

Quelquefois, assaillie d’un doute douloureux, ce nom lui monte aux lèvres : Marina !…

Mais Moune est là, veillant au grain. Son autorité bougonne intervient :

— Console-toi, va !… Elle aura bien su se débrouiller toute seule, cette petite ! Telle que tu me l’as dépeinte, c’est une luronne qui n’a pas froid aux yeux. Elle a dû conserver ton adresse… Un beau matin, quand nos « poilus » auront flanqué une raclée définitive aux Boches, tu recevras une carte postale t’annonçant le débarquement de ta macaroni. Tu verras, fillette, tu verras !… Tout s’arrange dans la vie… D’ailleurs, c’est M. Alfred Capus qui l’a dit !…

— Aujourd’hui, il ne le dirait plus.