Demeurée seule, « Bon-Temps » ne reste pas inactive. Avec un linge imbibé d’eau tiède, elle détache la boue jaunâtre qui couvre ce visage contracté par la souffrance et, avec de minutieuses précautions, elle tamponne les paupières meurtries que, vainement, le blessé essaie d’ouvrir…
Tout à coup, elle a un faible cri de surprise et d’émoi, celle qui fut « Fleur-de-France », celle qui, vierge flagellée de la Piscine des Hespérides, avait brandi, meurtrière, un couteau d’argent !… Cette furie vengeresse et dénudée n’est plus, à cet instant, qu’une pâle jeune fille tremblante…
Malgré la barbe dont la blonde broussaille envahit le visage du patient, elle vient de reconnaître celui, qu’autrefois, elle a si cruellement raillé, celui dont elle a déclaré ne jamais vouloir accepter le nom.
Jamais !… C’était un mot d’avant la guerre !…
En bourrasque, le chirurgien fait son entrée. Une seconde, il regarde « Bon-Temps » ; puis, avec une affectueuse brusquerie :
— Vous avez une fichue mine, Targes. Vous vous claquerez, mon enfant, avec cette vie-là !
Pour toute réponse, elle lui indique le blessé. Il l’examine, avec une grimace qui signifie la crainte…
— Pourra-t-on le sauver, docteur ? interroge Françoise, angoissée.
— Oui, répond l’homme de science courbé sur le patient. Le coffre est bon et si, cette nuit, la température diminue, nous pourrons, tant bien que mal, le tirer de là.
— Je resterai à ses côtés, déclare Mlle de Targes d’une voix où vibre l’émotion de cette rencontre voulue par le Destin. Je ne bougerai pas de son chevet.