Dans sa jolie bouche, ce mot avait sonné fièrement. Une expression d’énergie se reflétait sur cette belle figure et le regard des yeux sombres, de ces yeux qui vivaient, qui pensaient, qui voulaient, étincelait soudain…

Travailler !…

Moune semblait plongée dans un abîme d’indicible stupeur. Ses bons yeux myopes papillotaient éperdûment… Plantant sur l’un d’eux le petit monocle d’écaille dont elle ne se séparait jamais, elle contempla sa nièce avec ahurissement.

— Travailler… à quoi, ma petite fille ?

Françoise claquait des doigts.

— Rien de précis… A tout ! Je sais peindre, broder. Je suis bonne musicienne. Je parle couramment l’anglais, l’allemand. Je suis poète, à mes heures, comme le fut mon bel oncle ! Je puis écrire un livre, moi aussi ! Je ne crois pas être hideuse à voir… Toutes conditions favorables. Et voilà pourquoi votre fille n’est pas muette et s’en ira demain faire sa plus belle révérence à Môssieu l’homme célèbre.

— Bon courage ! Je te répète une dernière fois que je ne t’accompagnerai pas.

— J’irai tout de même. Suis-je, oui ou non, sa nièce ?

— Tu l’es. Tu es même encore plus sa nièce à lui que la mienne. C’est bien ce dont j’enrage : Je ne suis que ta demi-tante, moi ! Lui, est ton oncle, ton vrai oncle ! Saligaud !…

— Je lui tiendrai donc le discours suivant : « Vrai oncle ! fouillez vos relations, et posez, s’il y a lieu, ma candidature soit comme institutrice, soit comme secrétaire, soit comme artiste peintre, soit enfin comme auteur si vous ne craignez pas la concurrence. »