A quelqu’un, lui parlant d’une pièce en vers que Provence avait récemment fait jouer à l’« Odéon » et qui, malgré ses incontestables qualités et une interprétation de premier ordre, n’avait été qu’un four noir, elle déclara :
— Il est fini. Ce n’est plus un poète, ce n’est même plus un homme !…
Et, décochant la flèche du Parthe, elle ajoutait :
— Il n’écrira plus désormais que des cochonneries. Vraiment, il peut se vanter d’être le nouvel… Art éteint !…
La méchanceté du propos était revenue à Provence qui, pour s’en venger, écrivit L’École des Grues, où il traitait Liane de la pire façon. Ses tares physiques et ses petites faiblesses ne s’y trouvaient pas ménagées. Il avait, à son tour, mis les rieurs de son côté, car le livre obtenait un succès considérable.
Se jugeant offensée, elle lui déléguait son cavalier servant, lord Eddy Talmour, pilier réputé des salles d’armes, et l’affaire se terminait sur le terrain. Talmour n’y gagnait qu’un bon coup d’épée et Provence une réputation de bravoure insoupçonnée jusque-là.
Comme le peintre Aurélien Branteyl, qui avait servi de témoin à Provence, narrait les péripéties du duel devant Charcenol[1], qui ne manquait pas d’esprit et dont les mots faisaient parfois fortune au boulevard, l’artiste croyait devoir terminer l’éloge de son client par un :
[1] Voir Notre-Dame de Lesbos.
— Hein ? Croyez-vous ? Ce Provence !… Qui eût dit cela de lui ?… Il a tout de même des …….. au …!
L’impassible Charcenol, vissant son monocle et hochant la tête, avait répondu, mi-figue, mi-raisin :