N’ayant nulle arme en leur possession, elles convinrent de veiller mutuellement sur leur sommeil, en dormant à tour de rôle.
— Achète un revolver, avait conseillé Mlle Corbier, au départ de Paris. On ne sait pas ce qui peut arriver, ma reine jolie. Tu t’en vas chez des forbans. Il faut avoir bon pied, bon œil. On t’attaque ? Tu te défends ! Pan ! Dans la goule à Jean !…
Une fois encore, l’insouciante Françoise n’avait agi qu’à sa guise. Un flot de regrets, d’heure en heure, montait en elle… Le sommeil ne venant pas, le petit jour, avec le pépiant concert des oiseaux dans la verdure, trouva les deux jeunes filles éveillées. Elles ouvrirent les fenêtres et l’air frais du matin fut une caresse à leur front brûlant.
Deux surprises les attendaient.
La première était de trouver entr’ouverte une porte, donnant sur l’alcôve et que, dans le désarroi de leur arrivée, elles n’avaient point aperçue tout d’abord.
Un cri d’admiration échappait à la Triestine.
— Oh ! Venez, Signorina ! Que c’est beau !
Une salle de bains s’offrait aux yeux surpris de Françoise. Le sol n’était qu’une mosaïque dorée, sur laquelle des tapis d’Anatolie jetaient la pourpre de leur laine éclatante. Trois degrés de porphyre creusés dans le milieu de cette pièce étrangement construite, dont les parois étaient vêtues de hautes glaces reflétant à l’infini les images qui se présentaient devant elles, menaient à la piscine où deux cygnes de marbre blanc, penchés sur une immense vasque d’argent, faisaient courir, par leur bec, une eau tiède et parfumée. Devant chaque glace un oranger, chargé de fruits électriques, versait une lumière caressante et dorée.
Plus large que les autres, encadrée d’un filet de bronze, une des glaces dominait, celle du fond. Des corbeilles d’azalées en soulignaient la base.
— Mais ce n’est pas une salle de bains, murmurait Françoise, c’est un temple ! L’oncle Provence appellerait ça : la Piscine des Hespérides !