Dix minutes plus tard, dans la chambre à coucher d’Ardessy, située au rez-de-chaussée de la mystérieuse demeure, Técla, riant à belles dents, du rire insultant et cynique des filles, Técla, la tête renversée sur l’épaule de son amant Basile, moelleusement calé dans ses oreillers, mimait, en forçant la note, la surprise effarée de Françoise et son accès d’indignation.
— Joyeux chéri, disait-elle, en caressant la moustache fauve du Comte, tu es donc déjà un homme misérable, voué au mépris ? Elle te déteste, sais-tu, cette farouche dinde ?
— Tu exagères !… Ce n’est pas un oiseau, c’est une fleur…, une fleur de France !
— Virginale ?…
— Tout porte à le croire.
— Alors, c’est un bouton.
Ils éclataient de rire.
En passant sous silence la liaison qui la rivait, depuis plusieurs années, à Basile Ardessy, Técla avait audacieusement, dans le brusque entretien qu’elle avait eu avec Françoise, — et de concert avec son amant, — dit, à certains détails près, la vérité sur sa vie.
Ses origines étaient obscures.
Née à Pétersbourg, elle avait débuté très jeune dans la plus basse galanterie. Un soir d’ivresse, en soupant avec cette passante, racolée au hasard, Dimitri Oulianof, capitaine aux gardes, s’était pris pour elle d’une passion si forte qu’elle le conduisit d’abord au mariage, puis à la ruine, finalement au suicide.