Afin de parer aux prodigalités de sa femme, Oulianof s’était mis à jouer. Il vola. Sur le point d’être arrêté, il s’enfonça entre les dents son revolver d’ordonnance et tira… Les éclats de sa cervelle avaient rejailli jusque sur les vitres de sa chambre…

Técla ne fut pas inquiétée. Elle possédait des relations. Ayant tâté du théâtre, sans grand succès, sa plastique y fit cependant la conquête de l’homme dont elle portait le nom, Michel Dortnoff.

Faible et riche, ce dernier n’avait été, entre les griffes de la veuve Oulianof, qu’une proie trop facile. Devenue Mme Dortnoff devant l’archimandrite et devant la loi, elle donna libre cours au désordre de ses passions.

Non contente de le trahir avec tous les hommes qu’elle trouvait à son goût, et voulant chercher à satisfaire une curiosité des sens qui, insatiable, allait en s’exaspérant, elle installa au domicile conjugal, une hermaphrodite cueillie, comme elle l’avait été elle-même, dans le plus fangeux ruisseau de Pétersbourg et qu’on ne connaissait dans le monde des prostituées que sous le nom, crapuleusement abject, de L’Esturgeon.

L’infortuné Michel, s’étant avisé de tenter un simulacre de protestation, fut bâillonné par les mégères qui, lui ayant arraché ses vêtements, et après l’avoir lié à la colonnade d’un lit, lui infligèrent une volée de coups de canne, afin de lui apprendre à ne plus se mêler des choses qui ne le regardaient pas ou plutôt… qu’il regardait trop, car, devant le malheureux pantelant, elles s’étaient livrées à l’exécrable jeu de leur simulacre d’amour…

En cette honteuse aventure, Michel perdit la raison. On l’interna.

Libre, Mme Dortnoff ouvrit alors un salon de jeu. Après avoir donné à jouer, et voulant répondre à tous les goûts de sa clientèle, elle donna à… aimer. Elle acquérait, peu après l’internement de l’infortuné Michel, une maison sur les bords de la Neva. Dans les salons ouverts sur la rue, on jouait au baccara. Au premier, on soupait en joyeuse compagnie. Il y avait même des tableaux vivants qui, toute une saison, firent fureur dans la bonne société. On accourait chez la Dortnoff pour s’amuser et y trouver de l’inédit. Des chambres accueillaient au troisième les couples trop surexcités.

« Chaque étage a ses plaisirs », avait coutume de dire L’Esturgeon, promue à la dignité d’organisatrice des petits jeux particuliers. Sa lubricité s’y entendait.

Enfin, le Fouet surgit !…

Qui l’amena ?… Un client quelconque, descendu là en costume de cheval et ayant, par hasard, laissé traîner sa cravache sur un divan, ou bien le détraquement toujours en éveil de L’Esturgeon ?… Toujours est-il que la flagellation fut subitement de mode. La Dortnoff refusait du monde.