— Vous ne parlez qu’argent. Je vous réponds : noblesse.
— Cette noblesse-là, mon bonhomme, te fera danser devant le buffet !
— On ne dirait pas à vous entendre, ma sœur, que vous êtes de sang noble. Notre mère, contrairement à ce que vous assurez avec impertinence, n’a commis qu’une erreur, celle de se mésallier. Vous êtes d’une race, je suis de l’autre. Quant à mon frère, puisqu’il a renié notre nom, je ne veux plus le connaître. Adieu !
C’était la rupture.
Indignée, Mlle Corbier, ayant refusé de connaître sa future belle-sœur, n’assista pas au mariage, abandonnant le château de Falède, qu’elle avait pourtant racheté de ses deniers en Maine-et-Loire, et dont elle aimait le séjour. Pour s’étourdir, afin d’oublier l’ingrat, elle voyagea avec passion, avec rage, courant à travers le monde en véritable globe-trotter. Deux ans plus tard, subitement lassée, elle s’installait à Genève, où, désormais, elle entendait vivre à sa guise.
A peine avait-elle loué un « amour » d’appartement, dont les larges fenêtres donnaient sur cette merveille bleutée qu’est le lac Léman, que la fatalité l’endeuillait…
La mort de son frère, et, peu après, celle de sa belle-sœur qui, brisée par le chagrin, expirait en donnant le jour à Françoise, venaient l’atteindre. Oubliant ses griefs, la roturière revenait en France, courait à Falède et, farouchement, prenait possession de sa nièce.
Il y avait de cela vingt-deux ans. Vingt-deux années de bonheur, de calme. Françoise aimait sans doute beaucoup sa tante, mais cette dernière était l’adorante esclave de sa nièce.
— C’est un chef-d’œuvre ! avait-elle coutume de s’exclamer à tout propos. Un vrai chef-d’œuvre !… Dans sa Babylone, le Jacques Provence n’en connaît certainement pas de pareil, avec ses grues peintes et ses pouliches dopées !…
Rien d’exagéré dans cette déclaration. Françoise de Targes était belle, en effet, admirablement.