Il eut un geste découragé signifiant : « Faites ce que vous voudrez ! »

Elle triomphait.

— Demain, je lui rends visite. Après-demain, et nous avons ici pour cela des moyens certains, vous aurez la proie et bien matée !… Palpitante et ravie, elle sera la tourterelle apprivoisée. Allez, Prince ! Que Dieu vous garde !…

IX
Flagellée !…

Depuis les quinze jours que durait sa séquestration, Françoise avait adressé lettres sur lettres à Mlle Corbier et à Jacques Provence. Elle ne s’illusionnait pas sur leur sort, se doutant que nulle d’elles n’arriverait à destination, bien que Marina les eût remises, non aux valets noirs, mais au portier, monstre à tête de bull-dog, qui adressait à la soubrette, chaque fois qu’il la rencontrait, un hideux sourire où la jeune fille, dans sa détresse — et en dépit du traditionnel : « On ne passe pas ! » — avait cru discerner un semblant de bienveillance.

Le personnel domestique avait reçu l’ordre formel d’être muet. Impossible de savoir en quel lieu elles se trouvaient.

Le maître d’hôtel, et les deux Abyssins venaient prendre les ordres de Mlle de Targes et les exécutaient sans desserrer les lèvres. L’amour-propre de la prisonnière était trop grand pour qu’elle consentît à s’abaisser en les questionnant.

Rina, elle, ne s’embarrassait pas des mêmes scrupules. Elle avait fureté, dans tous les coins de l’étage que Françoise ne quittait plus, sans pouvoir découvrir le moindre indice qui permît d’apporter à sa maîtresse une précision quelconque sur l’endroit où la volonté de Baghzen-Kretzmar les tenait enfermées.

Il ne fallait attendre un secours que de Jacques Provence.

Moune et lui, pour la première fois de leur vie, peut-être, avaient dû s’entendre. Pauvre Moune ! Que devait-elle penser du silence de Françoise, depuis deux semaines que celle-ci avait quitté Felsburg, était cloîtrée ?… Sans doute avait-elle écrit à l’Altesse, télégraphié ?…