Françoise de Targes, la délicate poétesse, la mondaine souriante et calme, la Fleur-de-France de Felsburg, n’avaient, à coup sûr, rien de commun avec cette nudité farouche, à la crinière croulante qui, tout à coup, se ruait sur le domino noir, et lui enfonçait jusqu’à la garde le couteau d’argent ramassé sur la pourpre du tapis.

Il s’affaissa, sans un cri, pendant que la Dortnoff poussait des hurlements désespérés effroyables.

— Ouvre, disait-elle à Ardessy. Ouvre donc !… Elle va me tuer aussi, cette gueuse !

Ardessy se précipitait vers la masse effondrée, rabattait le capuchon de soie, déchirait le masque… Hugo portait les mains à son ventre… Il articulait avec peine :

— Laissez-la ! Ne lui faites pas de mal… Ce n’est rien. Prends l’auto, Ardessy, et cours chercher un médecin à Feldenritz… Aide-moi seulement à gagner ma chambre… Mais ne lui faites rien, n’est-ce pas ? Je vous en supplie. Laissez-la !…

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* *

Le trio avait disparu…

Françoise entendait leurs pas s’éloigner peu à peu. Elle avait comme conscience de l’avoir tué, cet homme, et chose affreuse, hébétée, tremblante, secouée de frissons convulsifs, elle n’en éprouvait aucun regret, aucun remords…

Machinalement, elle ramassait ses vêtements épars, piétinés dans la lutte, et regagnait sa chambre où, avec des mouvements désordonnés de folle, en hâte, elle se rhabillait.

Un bruit de pas sur le gravier, une galopade dans l’escalier : c’était Marina, qu’Augustus, sur un ordre donné, venait de relâcher et qui, échevelée, haletante, rejoignait sa maîtresse.