La sauvageonne s’était tue, la regardant avec une ferveur extasiée, joignant les mains, se sentant comme protégée par la plus forte, par la plus grande.

Émue, Françoise avait pris le front de la fillette entre ses doigts et, avec une infinie tendresse, y déposait un baiser. Humides de larmes, les yeux de l’Italienne rayonnèrent. Elle murmura :

— Par la Madone, Signorina, pour vous, je sacrifierais ma vie !

Venu du lointain, un bruit leur parvenait, confus, croissant… Elles percevaient distinctement l’aigre bruit du fifre et le sourd grondement que font les troupes en marche…

Une immense tristesse envahissait le cœur des jeunes filles. Le soir tomba. Nul bruit. Elles n’entendirent pas Ardessy rentrer. Le rez-de-chaussée était plongé dans le silence.

Solennel, le maître d’hôtel vint, comme de coutume, prendre les ordres. Mlle de Targes n’accepta rien.

Vers dix heures, pendant que Françoise était plongée dans une morne méditation, la Triestine demanda :

— Avez-vous de l’or, Signorina ?

Oui, elle possédait environ quinze mille francs sur elle. Toutes ses économies amassées durant dix-sept mois de servage : un chèque de dix mille francs, le reste en billets de banque et en une trentaine de doubles-couronnes d’or.

— Mettez cela dans votre sac. Prenez votre chapeau. Tenez-vous prête. Suivez-moi. Ne faites aucun bruit !