Depuis qu’on a imaginé de colorier & vernir des lames d’argent, les Brodeurs en font des bouquets & des guirlandes, imitant en quelques sortes les pierres précieuses; ils ont même depuis peu de temps, trouvé l’art de nuer & dégrader le ton de ces lames, en les recouvrant plus ou moins avec des points de soie de nuances assorties. Voyez fig. 11, [Pl. 5].
En 1756, on a imaginé des paillettes d’acier noir-d’eau, & des paillettes de verre noir, pour les Broderies de deuil; il ne se passe guere d’années qu’on n’invente quelques petites nouveautés que la mode adopte & réforme tour-à-tour.
On appelle paillettes percées, celles qui le sont de plusieurs trous; on en varie les formes à l’infini. Celles qui sont le plus en usage, sont dessinées [Pl. 5], fig. 8, f, g, h, i, l, m, n, o, p, q, r, & l’on en trouve de toutes prêtes chez plusieurs Tireurs d’or. Celles de la figure 9, & autres à volonté, doivent être découpées suivant le dessin qu’on en fournit. On voit fig. 8, bis, & fig. 9, bis, la maniere de les attacher avec la frisure ou le bouillon.
De la Broderie en Taillure.
Nous avons dit dans l’Introduction que la Broderie en taillure étoit la premiere & la plus ancienne des Broderies: en voici les procédés.
Soit qu’on la fasse en étoffe d’or, de soie ou de laine, on ponce d’abord sans ordre & le plus rapproché qu’il est possible (sur l’étoffe qu’on veut découper), les fleurs ou compartiments dont on a besoin, comme fig. 11, [Pl. 5]; on les dessine avec toutes leurs nervures; on découpe ensuite toutes ces pieces avec des ciseaux, en les laissant de trois ou quatre lignes plus longues aux endroits qui doivent être recouverts par d’autres. On les numérote par l’envers de numéros pareils à ceux qui doivent être sur chaque partie du poncif, & qui serviront à les reconnoître quand elles seront découpées & qu’on voudra les mettre en place. Cette premiere opération s’appelle faire l’épargne. Si l’étoffe à tailler est trop mince, on lui donne de la consistance en collant du papier à l’envers avant de la dessiner; cela empêche les pieces découpées de s’effiler.
Si l’étoffe qu’on veut découper est précieuse, ou qu’on ait beaucoup de morceaux pareils, voici une autre maniere de préparer l’épargne. On pique deux papiers ensemble du dessin qu’on veut exécuter; on découpe un de ces dessins en autant de petites parties que le dessin le permet; on réunit toutes ces parties sans ordre & le plus rapprochées qu’il est possible, sur un papier blanc de la largeur de l’étoffe à découper: on trace tous ces contours en crayon bien exactement; on les pique, & l’épargne est faite.
On ponce ensuite le dessin général sur l’étoffe qu’on veut broder; on dessine légérement & un peu en dedans, les principaux contours; on dessine encore les queues, graines, &c, qui ne sont point de taillure, comme K, K, fig. 12; puis on enduit de colle ou d’empois l’envers de chaque morceau de taillure, surtout les bords; on place chaque morceau sur les contours tracés sur l’étoffe suivant les numéros du poncif; on l’étale & on l’appuie bien proprement au travers d’un papier bien sec, ayant attention que les emmanchements des compartiments interrompus r, r, r, r, se suivent bien, & ne paroissent point cassés.
Quand tout est bien sec, les Ouvriers profilent tous les contours extérieurs, en mordant un peu les points dans la taillure; puis ils liserent tous les contours, nervures, revers, &c, avec du cordon ou de la milanese, comme l, l; quelquefois on exprime les ombres par de longs points de soie ou de laine, comme m, m, ce qui s’appelle harpé ou hachebaché. Quelquefois on enleve le dessous des feuilles ou compartiments, avec des morceaux de drap ou de serge, ce qui s’appelle emboutir. Les caparaçons, tapis d’étalage, couvertures de chariots, se font ordinairement en laine, de ce genre de Broderie. Les figures de bannieres pour la campagne, se font en satin, & pour les carrosses & meubles riches, la taillure se fait de glacé ou de tissu d’or: on y mêle quelquefois des feuilles ou des moulures de guipure ou de satiné, & de petits enjolivements en paillettes.
Il se fait aussi de la taillure en peaux d’agneau d’Astracan, ou hermines teintes, puis rebordées & ornées de chenille ou de paillettes: cette invention n’est pas ancienne, & peut encore se perfectionner.