Pour les équipages d’armées, & autres gros ouvrages, on se sert de grosse laine, ainsi que pour faire des cordons à lisérer la taillure de laine; ces équipages sont moins lourds, prennent moins d’eau, & sont d’un meilleur usage que les caparaçons en tapisserie. L’expérience l’a prouvé.

De la Broderie en Tapisserie.

Quoique la Broderie en tapisserie ne soit pas du ressort des Brodeurs, j’ai cru devoir donner une idée des procédés de ce travail.

On brode en tapisserie gros & petit point des meubles de toute espece; le dessein étant tracé à l’encre sur du canevas gros à volonté, on le fait retracer par de petits points de filoselle sur tous les contours, pour indiquer les différentes nuances. Voy. [Pl. 3], fig. 2. Les fils du canevas servent à régler les points de soie ou de laine avec lesquels on brode. Le gros point se fait en embrassant quarrément deux fils du canevas, maille à maille, comme fig. 9, a, a, tout le long de l’objet, ou du fond qu’on brode; puis on reprend la même marche en sens contraire, comme b, b, ce qui recroise chaque point & bouche absolument les trous du canevas; on sent bien qu’il faut proportionner la grosseur de la laine à la grosseur du canevas. On plaque d’une ou deux couleurs pour imiter le damas, comme fig. 10, ou l’on nue en toutes nuances en se réglant par les fils.

Le petit point se prend d’angle en angle du canevas, voyez fig. 8; puis revenant en sens contraire aussi d’angle en angle pour recouvrir: il donne à peu-près le même effet, avec cette différence, que le petit point exprime mieux les formes. Le gros point se fait sur du canevas fin, & le petit point sur de gros canevas. Ce travail a dans son méchanisme quelque rapport avec la mosaïque. Quelques Marchands tiennent en magasin des fauteuils & sophas, dont les nuances sont faites, il ne reste que les fonds à faire pour amuser les personnes qui ne veulent pas se donner beaucoup de peine. On brode beaucoup en tapisserie dans les Communautés Religieuses: c’est un travail facile.

Quelquefois avant de broder, on applique le canevas tout dessiné sur un fond d’or ou de soie; quand les fleurs ou fruits sont brodés en la maniere susdite, & en embrassant à chaque point l’étoffe qui est dessous, on coupe la lisiere du canevas, puis on tire adroitement les fils l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’il n’en reste pas un seul; l’étoffe qui étoit dessous & qui se trouve à découvert, devient le vrai fond de l’ouvrage; le canevas n’a servi qu’à régler le point.

Le marly rend le même service, & est bien plus commode; il suffit de le découper autour des objets quand la Broderie est faite, & rien ne paroît. Comme la laine a des couleurs plus vives & qui se conservent mieux que celles de la soie, on fait volontiers les nuances brunes en laine, & les claires en soie.

De la Broderie en Chaînette & au Tambour.

La Broderie en chaînette dont beaucoup de Dames s’occupent, s’est long-temps faite ou sur le doigt ou sur un métier ordinaire avec une aiguille à coudre. La ville de Vendôme étoit renommée pour ce genre de travail. Depuis à-peu-près dix ans qu’on nous a apporté de Chine un procédé aussi correct & six fois plus expéditif, on a abandonné l’autre maniere d’opérer.

Quand l’étoffe a été tendue sur un cercle d’éclisse appellé Tambour, voyez [Pl. 1], fig. 7 & 8, & arrêtée avec la sangle bouclée qui l’entoure b, b, la personne qui veut broder prend l’outil, fig. 12, dont la pointe a forme un crochet ou hameçon imperceptible; la vis b arrête l’aiguille dans un manche c de buis ou d’ivoire. La Brodeuse après s’être assise, avoir pris sur ses genoux le métier ou tambour, & tourné devant elle la surface extérieure de son tambour, qui est mobile, ou sur des vis c, c, ou sur un genouil d, fiche la pointe de son outil dans l’étoffe à l’endroit que le dessin lui indique; elle acroche avec l’hameçon de son outil, une premiere boucle d’or ou de soie que lui présente la main de dessous; elle ramene cette boucle en dessus avec l’outil & l’autre main, en appuyant un peu le dos de l’outil pour ouvrir le trou de l’étoffe; elle fiche ensuite son aiguille une ligne plus loin sur le trait dessiné, sans la sortir de la premiere boucle; accroche le brin d’or que lui présente la main de dessous, le ramene en dessus, le sort de la premiere boucle en contenant l’or un peu ferme avec la main de dessous, & ainsi de suite; l’habitude fait le reste. Pour arrêter un dernier point, ou former la pointe d’une feuille, on laisse le dernier point en l’air; on en sort l’outil à vuide, & une ligne plus loin on ramene l’or de dessous; on lui fait embrasser le point qui restoit en l’air, on tire doucement en dessous, & tout est arrêté. L’or qu’on emploie doit être souple & fin; il faut de l’expérience pour ne le pas écorcher.