Quand la chaînette est faite d’or ou d’argent, on la fait cylindrer pour lui donner plus de luisant; l’or en s’écrasant sous le cylindre devient une espece de lame brillante: mais l’étoffe y perd quelque chose de sa fraîcheur. On lisere au tambour de petits damas, des toiles peintes, des linons brochés.

De la Broderie du Blason.

Les émaux du Blason se brodent ordinairement en cordonnet, couché du même sens que l’on exprime leur couleur sur les dessins & gravures; c’est-à-dire, que l’azur ou bleu se couche en travers de l’écusson parallélement, comme fig. 5, [Pl. 7]; gueule ou rouge, se couche perpendiculairement, comme fig. 6; sinople ou verd, se couche en biais de gauche à droite de l’écusson, comme fig. 7; pourpre ou cramoisi, se couche de droite à gauche, comme fig. 8; sable ou noir se lance à volonté, rabattu en petits carreaux, comme fig. 9: ces rayures sont consacrées par les principes du Blason. Les métaux qui sont ou or ou argent, se représentent par le jaune ou le blanc, pour les ouvrages communs, couché à volonté. Dans les Blasons précieux, on emploie l’or ou l’argent couché ou satiné; quelquefois même on exprime le champ d’or ou autres pieces qui composent le Blason, par des paillons découpés à volonté; si ce sont de très-petits objets, on peut les faire en frisure ou bouillon: rarement trouve-t-on métal sur métal, ou émail sur émail; cela n’est cependant pas sans exemple. Il faut être exact à suivre les émaux ou couleurs annoncées par les cachets ou dessins, plusieurs familles portant les mêmes pieces, variées seulement par les couleurs.

Il seroit à désirer que tout Brodeur eût au moins les premiers éléments du Blason.

Il est assez d’usage de séparer les quartiers qui composent le Blason, ainsi que les surtouts, par une formation ou profil noir. Les couronnes, cartouches, supports, &c, doivent être brodés de rapport, afin de pouvoir être emboutis à volonté; les coliers d’Ordres & leurs croix, demandent de l’exactitude & de la délicatesse: on peut les faire valoir par des formations de soies assorties aux objets.

Les yeux des animaux qui servent de support aux Blasons, se font souvent avec un gros grain de jais noir, rond ou ovale, percé & rattaché de quelques points de soie, ce qui exprime très-bien la prunelle.

Le cri des Armes, les devises & légendes se brodent communément sur des banderolles de laine ou d’argent couché; les lettres se font en soie ou laine noire passée. Pour bien exprimer les angles & les déliés de chaque lettre, il est à propos d’en tracer d’abord les contours par des soyes lancées d’un bout à l’autre de chaque jambage: puis recouvrir ces jambages & les soyes qui les tracent (sans les déranger) en passé pris un peu de biais. Je suppose que l’Orthographe a bien été observée par celui qui a fait le dessein.

De la Broderie en Fourrure.

Depuis qu’on a réussi à teindre l’hermine en toutes couleurs, les Brodeurs en ont fait des compartiments & des fleurs découpées, collées & ornées de graine & lisiere de paillettes; on y mêle de la peau d’agneau d’Astracan, sur laquelle on brode des compartiments de paillettes. Quand on ne veut qu’imiter la fourrure, on lance le compartiment qu’on projette, en soie plate, assortie à la peau qu’on veut imiter; puis on fait les poils à claire-voie, en sens contraire à la soie, avec de la chenille aussi assortie. Ces nouveautés ont assez le caractere de l’hiver, & réussissent très-bien. Il se fait aussi des Broderies en plumes de geai & de perdrix, râchées de soies assorties, & bordées de paillettes; on fait encore des compartiments d’ailes de mouches cantharides & autres scarabées colorés, rabattus de fils d’or, & mille autres inventions qui éclosent de temps en temps.

De la Broderie de Marseille.