Effiler. Il faut effiler les aiguillées d’or avant de les enfiler, environ de la longueur d’un pouce à chaque bout, pour pouvoir larder & arrêter l’or à la tête de l’aiguille, & l’arrêter dans l’étoffe en commençant à travailler. Cet effilage donne nécessairement un gros par once de déchet.

Egratigneurs Brodeurs. Il a été de mode (& l’usage & le talent en sont à peu-près perdus) qu’après avoir tracé sur satin avec une pointe un sujet quelconque, le Brodeur égratignoit l’étoffe avec un fer à découper, suivant les contours tracés. Cette espece de gravure, qui loin d’ajouter à la surface de l’étoffe, l’altéroit beaucoup, étoit du ressort des Brodeurs: ils découpoient aussi les boucles du velours bouclé, suivant les dessins qu’on leur demandoit: cette mode a fait place à d’autres.

Emboutir, c’est élever des fleurs ou compartiments de Broderie avec des morceaux de drap ou de feutre, qu’on coud sur l’étoffe avant d’y rapporter les morceaux de Broderie qui ont été faits séparément. On en coud quelquefois plusieurs les uns sur les autres, en en diminuant la grandeur pour varier le relief de la Broderie. Les blasons de couvertures de chariots, sont souvent emboutis de crin ou de laine.

Emporte-piece, outil de fer long de quatre pouces, & gros de six à huit lignes, terminé à un bout par une petite hotte évuidée & tranchante en son extrémité, de forme ou d’ovale, ou d’étoile ou de rosette, voyez [pl. 1], fig. i, i, i. Pour s’en servir, on pose la lame d’or ou d’argent sur une table de plomb, puis avec un maillet l, dont on frappe sur le haut de l’emporte-piece en le tenant bien perpendiculaire; on taille d’un seul coup des paillettes de la forme de l’outil: elles sortent à mesure par le haut de la petite hotte k, k, k.

Enfiler. Comme chaque aiguillée de soie ou de laine, forme à son extrémité une petite houppe ou plusieurs filets imperceptibles & de différentes longueurs, voyez [pl. 1], fig. s, on a quelquefois bien de la peine à les faire entrer tous ensemble dans la tête de l’aiguille; pour y réussir, ou il faut mouiller le petit bout de l’aiguillée pour en réunir les brins, ou il faut en former une boucle x, qu’on rend aiguë, soit en la pinçant avec les dents, soit en passant ferme l’aiguille dans cette boucle, comme si on vouloit la couper en son extrémité x; puis on enfile cette boucle dans la tête de l’aiguille, puis on passe l’aiguille & l’aiguillée dans cette boucle pour arrêter.

Enlevure, se fait quelquefois sur du carton modelé, & plus communément sur du fil: les bons Enleveurs sont plus chers que ceux qui couchent l’or. On enleve le dessous de la couchure par quelques points de gros fil de différents sens & de loin en loin, ou sous les extrémités des compartiments, en chevrons, barres, écailles, pour donner quelque ondulation de lumiere à l’or couché.

Ensubles ou Ensouples: ce sont deux morceaux de cœur de chêne d’égale dimension & longs à volonté, équarris ou arrondis de quatre à cinq pouces de diametre; à six pouces de chaque bout, doit être une mortaise de part en part sur les quatre faces, voyez fig. 2, [pl. 1]. Cette partie du métier ou ensuble, doit être plus renflée que le reste; c’est dans une de ces mortaises a, a, a, a, fig. 6, que doit entrer la latte b, b, b, b. Depuis cette mortaise jusqu’à sa parallele, doit être une sangle ou coutisse clouée de petits clous très-près les uns des autres & très-enfoncés: c’est à cette coutisse qu’on coud l’étoffe, en commençant à tendre le métier. Les Brodeurs ont par paires des ensubles de différentes longueurs. Quoique les ensubles de fer soient peu en usage, elles sont d’une bien plus grande commodité, tant à cause de leur plus grande résistance, que parce qu’étant plus mignones, les Ouvriers les embrassent mieux, & peuvent atteindre plus avant au milieu de l’étoffe. Voyez [pl. 1], fig. 10, une ensuble de fer revêtue de grosse toile pour y pouvoir coudre la sangle, & fig. 11, les vis de fer tenant lieu de lattes. J’ai eu à moi un métier de cette façon, & malgré sa pesanteur je le trouvois plus commode.

Epargne. Faire l’épargne, c’est dessiner sans ordre & le plus rapproché qu’il est possible, sur du vélin, du papier ou de l’étoffe, les objets qu’on doit découper ensuite, pour les placer suivant le dessin général: on rapproche ainsi les objets pour économiser la matiere; ainsi la figure 11 de la Planche 5, est l’épargne de la figure 12, même Planche.

Etoffes. Les Ouvriers nomment ainsi les différentes matieres que leur distribuent les Entrepreneurs.

Faveurs, Vernis, Avanturines, sont plusieurs brins d’or & de soie tors ensemble au rouet, dont les Brodeurs cachent les épaisseurs de l’enlevure en vive-arête; ils couchent ces matieres à points de soie; quelquefois ils en font des fonds de compartiments & des troncs d’arbres.