—Tout seul?

—Oui, monsieur.

—Ah çà!... mais ... savez-vous bien que vous dessinez comme votre père!

—Oh!... monsieur Ingres!...

Puis, me regardant sérieusement:

—Vous me ferez des calques.

Faire des calques pour M. Ingres! peut-être les faire auprès de lui! m'éclairer de ses rayons! me chauffer à son enthousiasme! J'étais suffoqué d'honneur et de joie.

C'était, en effet, à côté de lui, le soir, à la lampe, que je me livrais à cette occupation si attachante et, en même temps, si instructive pour moi, tant par les chefs-d'œuvre qui passaient sous la pointe soigneuse de mon crayon que par tout ce que je recueillais de la conversation de M. Ingres. Je fis pour lui près d'une centaine de calques, d'après des gravures de sujets primitifs, qui eurent l'honneur d'habiter ses cartons, et dont plusieurs n'avaient pas moins de quarante centimètres de hauteur.

Un jour, M. Ingres me dit:

—Si vous voulez, je vous fais revenir à Rome avec le grand prix de peinture.