Les Sarmates exerçaient depuis quelques années les armes romaines. Ces peuples, qui habitaient les environs des Palus Méotides, passaient souvent le Danube et venaient faire le dégât sur la frontière. Les années précédentes plusieurs de leurs partis avaient été défaits; les autres se sauvaient au-delà du fleuve sans attendre le vainqueur. Cette année, tandis que Constantin était à Thessalonique, ces Barbares ayant trouvé la frontière mal gardée, ravagèrent la Thrace et la Mésie, et eurent même l'assurance de venir au-devant de Constantin, sous la conduite de leur roi Rausimodus. Dans leur marche ils s'arrêtèrent devant une ville, dont l'histoire ne marque pas le nom; les murailles jusqu'à une certaine hauteur étaient bâties de pierres, le reste n'était que de bois. Quoiqu'il y eût une bonne garnison, ils se flattèrent de l'emporter avec facilité, en mettant le feu à la partie supérieure. Ils s'approchèrent à la faveur d'une grêle de traits. Mais ceux qui défendaient la muraille, résistant avec courage et accablant les Barbares de javelots et de pierres, donnèrent à l'empereur le temps de venir à leur secours: l'armée romaine fondant comme un torrent des éminences d'alentour, tua et prit la plus grande partie des assiégeants. Le reste repassa le Danube avec Rausimodus, qui s'arrêta sur le bord, dans le dessein de faire une nouvelle tentative. Il n'en eut pas le temps. On n'avait vu depuis long-temps les aigles romaines au-delà du Danube; Constantin le traversa et vint forcer l'ennemi, qui s'était retiré sur une colline couverte de bois. Le roi y laissa la vie. Après un grand carnage, le vainqueur fit quartier à ceux qui le demandaient; il recouvra les prisonniers qu'ils avaient faits sur les terres de l'empire; et ayant repassé le fleuve avec un grand nombre de captifs, il les distribua dans les villes de la Dacie et de la Mésie. La joie que causa cette victoire fait honneur aux Sarmates: on établit en mémoire de leur défaite les jeux Sarmatiques, qui se célébraient tous les ans pendant six jours à la fin de novembre[27]. Le récit de cette guerre est tiré de Zosime. Mais l'auteur anonyme de l'histoire de Constantin ne parle que d'une incursion des Goths en Thrace et en Mésie, réprimée par Constantin; ce qui a fait juger à Godefroi et à M. de Tillemont que c'étaient deux guerres différentes, et que celle des Goths devait être renvoyée au commencement de l'année suivante. Il me semble que cette opinion resserre trop les faits de l'année 323, qui fut d'ailleurs assez remplie par les préparatifs et les événements d'une guerre bien plus considérable. Il est plus facile de croire avec M. de Valois que l'anonyme donne ici le nom de Goths à ceux que Zosime appelle Sarmates, d'autant plus qu'il est fort possible que ces deux peuples alors voisins se fussent unis pour cette expédition[28].

[27] Il existe beaucoup de médailles dont les légendes rappellent le souvenir des succès de Constantin contre les Sarmates et d'autres nations barbares. SARMATIA DEVICTA. VICTORIA GOTHICA. DE BELLATORI GENTIUM BARBARARUM. EXVPERATOR OMNIVM GENTIVM.—S.-M.

[28] Optatianus, poète contemporain, rapporte que les Sarmates furent vaincus avec les Carpes et les Gètes ou Goths, en plusieurs lieux situés sur les bords du Danube.—S.-M.

XXXI. Pardon accordé aux criminels.

Cod. Th. lib. 9, tit. 38. leg. 1 et ibi Godef.

Till. art. 46.

Vers la fin de cette année, l'empereur fit publier à Rome un pardon général pour tous les criminels; il excepta les empoisonneurs, les homicides, les adultères. La loi fut affichée le 30 d'octobre. Le texte en est très-obscur. Il semble signifier à la lettre, quoiqu'en termes assez impropres, que la naissance d'un fils de Crispus et d'Hélène était la cause de cette indulgence. Mais on ne connaît point d'ailleurs Hélène femme de Crispus; et cette raison jointe à l'impropriété de l'expression, fait conjecturer que le texte est corrompu[29], et qu'il s'agit plutôt d'un voyage que Crispus faisait à Rome avec Hélène son aïeule. Ce prince était resté en Illyrie depuis le commencement de l'année précédente, et il pourrait être retourné à Rome en ce temps-ci.

[29] Le texte de cette loi ne présente cependant aucune ambiguité. Propter Crispi et Helenæ partum omnibus indulgemus. On ne voit pas d'ailleurs pourquoi Crispus n'aurait pas eu pour femme une princesse nommée Hélène, dont il ne serait pas resté d'autre souvenir que cette loi.—S.-M.

ΧΧΧII. Lois de Constantin.

Zos. l. 2, c. 22.