Constantin se faisait exactement informer des moindres abus et ne négligeait rien pour y remédier. Il en corrigea plusieurs qui s'étaient introduits dans l'usage des postes et des voitures dont le public faisait les frais en faveur de certains officiers. Il était surtout indigné contre ceux qui abusaient de la confiance du prince pour tourmenter ses sujets; les lois qu'il fit sur cet article portent un ton de menace et de colère: il condamna à être brûlés vifs les receveurs de ses domaines qui seraient convaincus de déprédations, et même de chicanes odieuses: Ceux qui sont sous notre main, dit-il, et qui reçoivent immédiatement nos ordres, doivent être plus rigoureusement punis. Comme plusieurs d'entre eux, pour se mettre à couvert de la punition, obtenaient des grades honorables qui leur donnaient des priviléges, il leur ferma l'entrée de toute dignité supérieure, jusqu'à ce qu'ils eussent rempli le temps de leur office d'une manière irréprochable. Il réprima l'ambition des officiers qui étaient au service des tribunaux, en réglant l'ordre de leur promotion selon leur antiquité et leur capacité, en établissant des peines et des récompenses suivant leur mérite, en fixant le temps de leur exercice. Il défendit à ceux qui étaient chargés de dénoncer les délinquants, de les tenir en chartre privée. Les troubles de l'empire avaient favorisé tous les crimes: les faux monnayeurs s'étaient multipliés. Il s'était encore glissé un autre abus par rapport aux monnaies: les païens, qui faisaient sans comparaison le plus grand nombre, aigris contre Constantin décriaient les espèces marquées au coin de ce prince: sous de frivoles prétextes, et par une estimation arbitraire, ils donnaient plus de valeur à celles des empereurs précédents, quoiqu'elles fussent de même poids et au même titre: le prince réprima cette bizarrerie insolente; il intimida par des lois sévères les faux monnayeurs et leurs complices; il attacha les monétaires à leur profession d'une manière irrévocable, de peur qu'ils ne fussent tentés d'exercer pour leur compte un art qui devient criminel dès qu'il sort du service du prince: il détermina avec justesse le poids des espèces, et porta le scrupule jusqu'à prescrire la manière de peser l'or qui serait apporté pour le paiement des impôts. Chaque ville de province avait une sorte de sénat, dont les membres s'appelaient décurions, et les chefs décemvirs: la qualité de décurion était attachée à la naissance; on le devenait aussi par la nomination du sénat, par héritage, ou par l'acquisition du patrimoine d'un décurion: quelques-uns ayant le bien convenable s'engageaient volontairement dans cette compagnie; mais le plus grand nombre cherchaient à s'y soustraire à cause des fonctions onéreuses dont les décurions étaient chargés: ils payaient eux-mêmes de plus fortes contributions, et répondaient de celles qui étaient imposées aux autres citoyens; ils avaient le détail des subsistances, le soin des magasins et des ouvrages publics: c'était à eux à faire exécuter les ordres des gouverneurs; ils portaient tout le poids de l'administration civile. Constantin fit grand nombre de lois pour maintenir des fonctions si nécessaires; il en régla les rangs, il en releva la dignité, il renonça aux droits du fisc sur les biens de ceux d'entre eux qui mouraient ab intestat et sans laisser d'héritiers légitimes, et voulut que ces biens tournassent au profit du corps: il fixa l'âge auquel on pourrait entrer dans ces compagnies; il imposa des peines à ceux qui se dérobaient à ces charges; en un mot, il réforma autant qu'il put cette injustice commune, de prétendre aux avantages de la société sans y rien mettre du sien. Il exempta pourtant ceux qui prouvaient leur pauvreté, ou qui avaient cinq enfants. Il en dispensa aussi ceux qui avaient reçu du prince des brevets honoraires, pourvu qu'ils les eussent mérités par des services réels et non pas achetés à prix d'argent. Le désir de multiplier les honneurs et les récompenses, qui ne deviennent jamais plus communes que quand le mérite est plus rare, avait alors établi la mauvaise coutume de donner des brevets honoraires, c'est-à-dire des titres sans fonction. Comme ces distinctions n'exigeaient ni talents ni travail, rien n'était plus à la portée de l'intrigue et de la richesse; l'avarice des courtisans en avait fait un trafic: Constantin ne crut pas que des titres qui ne prouvaient que le crédit ou l'opulence, dussent dispenser de contribuer aux charges de l'État. Les noms de consuls, de préteurs, de questeurs subsistaient encore; mais ce n'étaient plus que des noms; les fonctions de ces magistrats se réduisaient à donner à leurs frais des jeux au peuple dans le cirque et sur le théâtre: quelquefois, pour éviter ces dépenses, ils s'absentaient de Rome; on les condamnait alors à fournir dans les greniers publics, une certaine quantité de blé: on croit que les préteurs étaient taxés à cinquante mille boisseaux: l'empereur dispensa de l'obligation de faire la dépense des jeux, ceux qui étaient revêtus de ces dignités au-dessous de vingt ans.

XXXIX. Lois sur la police générale et sur le gouvernement civil.

Cod. Th. lib. 13, t. 5, 3.

Lib. 14, t. 3, 25.

Lib. 9, t. 40, 34, 10.

Lib. 10, t. 18, 8, 11.

Lib. 8, t. 18, 12.

Lib. 2, t. 9, 19.

Lib. 3, t. 1, 2.

Lib. 5, t. 1.